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Inspecteur Wexford / Ruth Rendell

Voici mes romans préférés dans la série Inspecteur Wexford

Ces livres collent à l’actualité de l’époque (le premier date de 1992, le dernier de 2013) – dans plusieurs, les problèmes de société sont abordés ainsi que l’évolution de celle-ci ; la psychologie des personnages est très poussée et fait qu’on y croit. Tout cela reste très british et on se sent bien à Kingsmarkham, petite ville imaginaire mais conforme à l’idée qu’on se fait des petites villes anglaises…

Pour ceux qui aiment les polars « British » 🙂

J’ai particulièrement aimé Simisola (dont j’ai déjà parlé – voir le lien) pour le sujet mais j’ai lu les autres avec beaucoup de plaisir!

 

le-gout-du-risque« La maison surgit alors devant leurs yeux, et ils eurent un choc.
Les bois s’ouvrirent, tel un rideau que l’on écarte, et elle apparut, brillamment éclairée comme un décor de théâtre, noyée d’un clair de lune artificiel, vert et froid. Cela créait une impression étrangement dramatique. La maison luisait, miroitait dans un bain de lumière, découpée en relief sur un puits de ténèbres nébuleuses. La façade, elle, était piquetée de points lumineux orange – les carrés et les rectangles des fenêtres allumées. »

 

Massacre à Trancred Houle ! C’est la jeune Daisy, petite-fille de l’écrivain Davina Flory, l’une des victimes du carnage, qui a donné l’alerte. A l’inspecteur Wexford, très préoccupé en ce moment par ses rapports avec sa propre fille, de ressaisir un à un les fils de l’énigme. Peu à peu se reconstituent d’inquiétants arrière-plans : un drame familial, une passion amoureuse – de celles aveuglent- et aussi le braquage d’une banque, quelque temps plus tôt, au cours duquel le policier Caleb Martin a trouvé la mort…

Beaucoup

simisola

« Son visage lui faisait face en première page du journal du dimanche, qui passait pour un hebdomadaire sérieux. Et pas seulement son visage. La photographie les représentait, Burden et lui, attablés à la terrasse de l’Olive and Dove, mis à part qu’on ne voyait pas grand-chose de son compagnon. Impossible d’identifier Burden, sauf pour ceux qui le connaissaient bien. Lui, en revanche, était parfaitement ressemblant. Il souriait en portant à ses lèvres une pleine chope d’Heineken. Afin de prévenir tout doute éventuel, la manchette annonçait : Wexford pourchasse le meurtrier d’Annette, avec au-dessous cette légende : l’inspecteur principal, chargé du crime de Kingsmarkham, s’accorde un peu de détente en se payant une bonne pinte ».

La disparition de Mélanie, fille du médecin noir de Kingsmarkham, puis la découverte d’une jeune fille africaine, battue à mort, entraînent l’inspecteur Wexford dans l’une des enquêtes les plus troublantes de sa carrière.
C’est que la petite ville a bien changé depuis le temps de ses débuts. Le chômage, l’exclusion, l’immigration sèment l’inquiétude, avivent les préjugés de toute sorte. Wexford sait qu’il s’avance en terrain piégé. En même temps que nous dénouons un à un les fils d’une affaire des plus complexes, nous entrons sur ses pas dans les mystères et les tabous de Kingsmarkham.
Une jeune fille est morte loin de son pays, sans existence légale, sans amis, sans parents, livrée à tous les abus.
Elle s’appelait Simisola…

https://ocyaran.wordpress.com/2012/01/08/simisola-ruth-rendell/

Passionnément

especes-protegees

« Il marcha parmi les marronniers, les grands hêtres gris à l’écorce rugueuse et les chênes aux branches couvertes de lichen vert. Au-delà de l’étendue d’herbe tondue par les lapins, les arbres, plus clairsemés, déployaient leurs branches. Il s’aperçut que le tussilage avait fleuri, plus tôt que les fleurs sauvages. Il avait vu, dans sa jeunesse, des fritillaires bleues dans ces sous-bois, des plantes si localisées qu’on en trouvait seulement dans un rayon de quinze kilomètres autour de Kingsmarkham ; mais c’était il y a bien longtemps. Quand je prendrai ma retraite, avait-il dit à sa femme, j’irai m’installer à Londres pour ne pas assister à la destruction de la campagne. »

 

Pas plus que l’ensemble des habitants de Kingsmarkham, l’inspecteur Wexford n’est heureux de voir disparaître le joli bois de Framhurst, asile d’une faune devenue rare, menacé par la construction d’une voie rapide. Mais lorsqu’on y découvre un cadavre, l’enquête policière prend le pas sur la défense de l’environnement. Et quand un mystérieux groupe écologiste enlève cinq personnes, dont l’épouse de Wexford, l’affaire tourne au cauchemar…
Aucune cause, même la plus noble, n’est à l’abri des dérives extrémistes. Ni d’intérêts moins élevés et plus concrets : ceux, par exemple, des propriétaires d’un domaine voisin, dont la valeur risque de chuter…

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sans-dommage-apparent« Mais ce n’était pas fini, l’homme ne changerait pas. Fay aurait à nouveau le visage meurtri et les yeux au beurre noir, ou même les bras cassés. Peut-être pas ce soir ou demain, mais la semaine prochaine, ou celle d’après. Cela ne cesserait que s’il la tuait ou si elle le quittait. Et si elle s’en allait, il la poursuivrait. Jamais Wexford ne s’était senti aussi impuissant. »

 

A Kingsmarkham, des jeunes filles disparaissent mystérieusement puis réapparaissent quelques jours plus tard. Droguées, elles ne peuvent donner aucune indication précise sur leur détention. Dans cette atmosphère d’angoisse générale, un détenu condamné pour pédophilie est remis en liberté, ce qui ne fait qu’accroître l’inquiétude des habitants de Kingsmarkham.
Responsable de ces deux affaires, Wexford enquête dans la cité où s’est installé le pédophile et où habite l’une des jeunes filles enlevées. Très vite, les événements prennent un tour dramatique, et deux meurtres successifs sont commis…

4-tres-bon

promenons-nous-dans-les-bois« Un homme tout de blanc vêtu, chemise à col ouvert, pantalon et souliers blancs, s’avança à grands pas jusqu’au milieu du cercle. Alors les gens se mirent à chanter, entonnant un air exaltant qui aurait pu être un hymne, un chœur d’opéra ou de comédie musicale. Quand ils eurent terminé, ils tapèrent dans leurs mains en rythme. Le battement cessa lorsque l’homme en blanc pris la parole.
Il demanda d’une voix vibrante :
– Y a-t-il des esprits malins qui vous tourmentent ? Y a-t-il quelqu’un ici qui soit possédé par un mauvais esprit ?
(…)
Un nuage masqua la lune, provoquant un nouveau soupir dans la foule, ou plutôt un cri d’étonnement étouffé. Un frisson parcourut les assistants, comme une rafale de vent froissant un champ de blé.
– Voyez les esprits malins, mes enfants ! Voyez-les dans le ciel voler devant la lune ! Voyez Astarot, le démon, celui dont la lune est le séjour ! »

 

Tandis que des inondations ravagent le sud de l’Angleterre, trois personnes disparaissent dans des circonstances mystérieuses : deux adolescents, Giles et Sophie Dade, ainsi que Joanna Troy, la jeune femme chargée de veiller sur eux le temps d’un week-end. L’inspecteur Wexford, responsable de l’enquête, est intrigué par la personnalité trouble de Joanna et privilégie la piste de l’enlèvement.

Mais, quelques semaines plus tard, le cadavre de la jeune femme est retrouvé au fond d’une carrière. Les enfants Dade, eux, demeurent introuvables. L’enquête piétine : témoignages contradictoires, absence de preuves, mobile insaisissable…
Une fois encore, Ruth Rendell déploie son talent unique pour explorer les complexités de l’âme humaine. A travers le regard perspicace de Wexford, elle lève le voile sur les ravages du mensonge et de l’égoïsme.

4-tres-bon

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« George Marshalson avait mal dormi. Il dormait toujours mal lorsque sa fille sortait. Il s’était couché juste après son départ, s’était assoupi pendant une heure ou deux, puis s’était réveillé miné par une sourde angoisse, la présence de Diana à son côté ne le rassurant plus. On était au mois d’août, l’air était humide et chaud malgré les fenêtres ouvertes. Il resta allongé, écoutant les bruits de la nuit : le faible clapotis de la rivière stagnante, la plainte sinistre d’un oiseau dont il ignorait le nom. »

 

L’inspecteur Wexford enquête sur l’assassinat de deux jeunes filles. Il imagine combien ce serait terrible s’il apprenait que l’une de ses filles a été assassinée, Sylvia, en particulier, qui élève seule deux enfants et qui en attend un troisième…

4-tres-bon

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« Notre éducation ne nous permet pas d’aborder ce sujet dans notre communauté. Ce serait sans doute moins pénible si nous pouvions en parler, mais personne ne le fait. Au mieux, il arrive qu’une jeune fille demande à une autre : « est-ce que tu as été excisée ? »

 

En cherchant des truffes avec son chien, un homme tombe sur des restes humains ensevelis. L’autopsie révèle qu’il s’agit d’un homme mort depuis une dizaine d’années, mais rien ne permet de déterminer son identité ou la cause de son décès. L’inspecteur Wexford et son équipe sont confrontés à un défi de taille quand ils découvrent la liste impressionnante des personnes disparues durant cette période. Leur tâche se complique lorsqu’un second corps est retrouvé sur le même site. Pour savoir si les deux affaires sont liées, Wexford doit explorer le passé d’une petite communauté fermée, où chacun garde jalousement ses secrets et où les gens disparaissent sans laisser de traces, ni chair ni sang…

4-tres-bon

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« Parfois, il en venait même à penser non qu’il s’était trompé ou qu’il avait eu tort, mais qu’il devait lâcher prise, que la justice ne peut pas toujours triompher, et que certains criminels, peut-être même beaucoup, ne sont jamais punis pour leurs actes. »

 

L’inspecteur Wexford avait presque réussi à se convaincre qu’il ne verrait plus jamais la silhouette trapue d’Eric Targo. Des années plus tôt, lorsqu’il débutait dans la police, une femme avait été retrouvée étranglée dans sa chambre. Si la rumeur désignait le mari comme coupable, personne n’avait été condamné pour ce meurtre. Mais une autre femme avait ensuite connu le même sort. Wexford avait toujours eu l’intuition que l’assassin continuait de rôder, et qu’il n’était autre que Targo, un psychopathe récidiviste. Or celui-ci est de retour à Kingsmarkham, plus arrogant et provocant que jamais. L’occasion pour Wexford de mettre enfin la main sur son plus vieil ennemi ?

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« Ah, les femmes et leurs vêtements ! songea Wexford. Tout n’était pas superflu, évidemment ; en attendant, les principes qui gouvernaient leur garde-robe le dépassaient. Un imperméable, d’accord ; mais cinq ? Deux ou trois robes « habillées » pour sortir, il pouvait le concevoir, mais quinze ? Sans compter les jupes, les tailleurs, les pantalons par dizaines, les pulls et les innombrables hauts… »

 

L’impossible s’est produit : l’inspecteur Wexford a pris sa retraite ! Or une rencontre inattendue avec une ancienne connaissance, le commissaire Ede, va bouleverser ses plans. Les corps de deux femmes et d’un homme ont été découverts dans la cave à charbon d’une maison cossue de St John’s Wood à Londres. Rien ne permet de les identifier, mais on a trouvé dans la veste de l’homme des bijoux d’une valeur de quarante mille livres. Intrigué, Wexford accepte d’aider le commissaire, tout en menant une enquête parallèle sur le maniaque qui a attaqué sa fille en plein jour. Il est loin de se douter des périls qu’il va affronter une fois la cave à charbon vidée.

4-tres-bon

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« Reginald Wexford était assis dans un fauteuil en rotin , sous le soleil automnal , occupé à ce que quantité d’hommes et de femmes projettent de faire une fois à la retraite , mais qu’ils sont trop peu nombreux à mettre en pratique , s’attaquer à l’histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain de Gibbon . »

 

La petite communauté de Kingsmarkham est en émoi : on a tué Sarah Hussain, la révérende. Certes, cette femme d’origine indienne, récemment convertie et mère d’une enfant au père inconnu, n’attirait pas que des louanges sur sa personne. De là à l’étrangler dans son presbytère… Cela ne ressemble pas aux mœurs paisibles de la communauté. L’inspecteur Burden demande l’aide de son prédécesseur et ami, Reginald Wexford, pour résoudre cette délicate enquête. Fasciné par le mystère qui entoure à la fois la mort de Sarah et sa vie, Reginald sort de sa retraite pour partir sur les traces de ce « rossignol sans jardin ».

4-tres-bon

 

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Classé dans Littérature anglaise

Séduction / Karin Slaughter

1507-1« L’inspecteur Leo Donnelly, son coéquipier d’autrefois, quand elle appartenait encore à la police de la ville d’Atlanta, était debout de l’autre côté de la clôture, le souffle court. Le vent ouvrait le veston de son costume marron bon marché.

– Emma va bien. Nous avons amené un serrurier. Ses mots étaient lourds et lents, comme des gouttes de mélasse tombant par les trous d’une passoire. Il prit un ton encourageant : Allez, viens. Emma a besoin de sa maman.

Faith regarda derrière lui. Il y avait des flics partout. Des uniformes bleu marine, flous, qui passaient au crible la maison, examinaient la cour. Par les fenêtres, elle suivit la progression de l’unité d’intervention, de pièce en pièce, armes levées en l’air. Des voix criaient : « Personne ici », au fur et à mesure que les hommes ne trouvaient rien. Des sirènes emplissaient l’air, comme si elles se faisaient concurrence. Véhicules de patrouille. Ambulance. Voiture de pompiers.

L’appel avait bien été entendu. Code 30. Un policier a besoin d’une assistance d’urgence.
Trois hommes abattus. Son bébé enfermé dans une remise. Sa mère disparue.
Faith s’assit sur ses talons. Elle prit sa tête entre ses mains tremblantes. Elle aurait voulu ne pas pleurer. »

 

Evelyn, la mère de Faith Mitchell, a passé quarante ans dans la police avant de prendre sa retraite. Elle répond toujours au téléphone. Sauf aujourd’hui. En arrivant chez elle, Faith découvre l’empreinte d’une main ensanglantée sur la porte. Elle semble oublier ce qu’elle a appris à l’école de police et bondit à l’intérieur en brandissant son pistolet : un homme gît au sol et un autre est tenu en otage dans la chambre. Aucune trace de sa mère. Pour la retrouver, Faith aura besoin de l’aide de Will Trent, son coéquipier, et du médecin urgentiste Sara Linton. Désormais, elle n’est plus une simple policière, elle est aussi un témoin, et, bientôt, une suspecte. Corruption financière, chantage, meurtres – son enquête dérange et menace de révéler ce que l’on cherche si soigneusement à étouffer. Et si, pour s’en sortir, Faith devait accepter que la vérité soit tue à jamais ?

 

Une enquête pleine de rebondissements, où on apprend pas mal de choses sur le passé des personnages de la série… Peut-on oublier le passé ou bien revient-il toujours nous percuter? C’est la question à laquelle Will et Sara vont devoir répondre afin d’aider Faith…
Bon, très bon thriller, comme toujours Karin Slaughter nous emporte avec brio vers la révélation finale…

4-tres-bon

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Classé dans Littérature américaine (USA)

Broken / Karin Slaughter

will-trent-tome-4-broken-812269« Combien de temps tiendrait-elle avant de perdre connaissance ? Combien de temps vivrait-elle l’horreur avant de mourir ? Elle ferma les yeux, songeant à l’eau qui l’entourait, l’engloutissait. Elle serait si froide qu’au début elle éprouverait une sensation de chaleur. On ne peut pas vivre longtemps sans respirer. On perd connaissance. Peut-être serait-elle prise de panique et tomberait-elle dans une sorte d’inconscience hystérique. À moins qu’on ne se sente vivre, fouettée par une giclée d’adrénaline, et qu’on ne se débatte comme un écureuil pris au piège. »

 

Le corps d’une jeune femme assassinée de manière atroce est découvert dans un lac du Comté de Grant.
Quelques heures plus tard, Tommy Braham, l’assassin présumé, un attardé mental, est arrêté après avoir grièvement un policier lancé à ses trousses. Incarcéré, il passe aux aveux et se suicide dans sa cellule. Sur les murs, son ultime message, comme un appel au secours : « Pas moi ».
Sara Linton, l’ancien médecin légiste du Comté de Grant, retourne pour la première fois dans la ville où son mari policier a été tué. Rongée par la culpabilité car Tommy a été l’un de ses patients, Sara se lance dans une enquête désespérée, persuadée que les enquêteurs locaux cachent la vérité.
Elle demande l’aide de Will Trent, l’agent fédéral du Georgia Bureau of Investigation : les deux enquêteurs vont devoir se confronter à des policiers corrompus et impitoyables.
Ainsi qu’à un redoutable tueur…

 

Sara Linton revient à Grant County. Elle va se retrouver malgré elle mêlée à une enquête où intervient Will Trent.
On dirait bien que l’auteur entame une série où ses deux personnages préférés se retrouvent ensemble… amis? ou plus…
Comme d’habitude Karin Slaughter signe un excellent thriller bien ficelé, passionnant, qu’on a du mal à lâcher tant on a envie de connaître la suite – et la fin!

4-tres-bon

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Classé dans Littérature américaine (USA)

Sous la glace / Louise Penny

1413791-gf« Gamache avait devant lui une image de trois femmes âgées, les bras délicatement entrelacés. C’était une oeuvre étonnamment complexe, avec des couches de photographie, de peinture et même d’écriture. Au milieu, Em, penchée en arrière, riait avec abandon, et les deux autres la soutenaient en riant elles aussi. Ce moment d’intimité surpris dans la vie de trois femmes témoignait d’une grande complicité entre elles. L’oeuvre rendait parfaitement bien leur amitié et leur interdépendance. Elle chantait l’amour et l’affection qui vont au-delà des repas agréables et des anniversaires dont on se souvient. Gamache avait l’impression de regarder dans l’âme de chacune, et la combinaison des trois était presque trop belle.
– Je l’ai appelé Les Trois Grâces, dit Clara.
– C’est parfait, murmura Gamache.
– Mère est la foi, Em l’Espérance et Kaye la Charité. J’en avais assez de voir les Grâces toujours représentées sous les traits de belles jeunes filles. Je crois que la sagesse vient avec l’âge, la vie et la douleur. Et le fait de savoir ce qui compte.
– Le tableau est-il terminé ? On dirait qu’il y a de la place pour une autre.
– Vous êtes très perspicace. ll est terminé, mais, dans chacune de mes oeuvres, j’essaie de laisser un peu d’espace, une sorte de fêlure.
– Pourquoi ?
– Pouvez-vous lire ce qui est écrit au fond, derrière elles ?
Elle fit un signe de tête en direction du tableau.
Gamache se pencha en avant; chaussa ses lunettes et lut à haute voix.

« Ring the bells that still can ring
Forget your perfect offering
There’s a crack in everything
That’s how the light gets in.

(Sonnez les cloches qui peuvent encore sonner,
Oubliez l’offrande parfaite,
Il y a en toute chose une fêlure
Par laquelle la lumière pénètre.) »

 

Lorsque l’inspecteur Armand Gamache est chargé d’enquêter sur un nouveau meurtre survenu au sein de la petite communauté de Three Pines, il ne lui faut pas longtemps pour comprendre que la victime ne manquera à personne.

D’ailleurs, personne ne l’a vue se faire électrocuter en plein milieu d’un lac gelé lors d’une compétition de curling. Pourtant, il y a forcément eu des témoins…

 

La présentation de l’éditeur nous dit : « Un deuxième roman qui confirme que Louise Penny est l’héritière naturelle d’Agatha Christie. » 
J’ai déjà entendu et lu ce commentaire bien des fois… et chaque fois je me disais : non, ce n’est pas ça… Par contre, ici, on s’approche… Louise Penny sait approfondir la psychologie de ses personnages et nous les rendre « présents » au point qu’on se dit : oui, ils doivent bien exister… Et certes, ils existent – quelque part dans le monde, sous un autre nom…

Passionnément

 

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Classé dans Littérature canadienne (anglophone)

En plein coeur (Nature morte) / Louise Penny

book_enplein« A la campagne, la mort vient sans invitation, en plein jour. Elle prend des pêcheurs dans leurs chaloupes. Elle saisit des enfants par les chevilles alors qu’ils nagent. En hiver, elle les appelle sur une pente trop abrupte pour leur habileté naissante et croise les extrémités de leurs skis. Elle attend sur la rive, là où il n’y a pas si longtemps la neige rencontrait la glace, mais où maintenant, à l’insu des yeux brillants, un peu d’eau touche la rive, et le patineur élargit un peu trop ses ronds. »

En plein cœur débute en automne, au Québec, alors qu’on découvre le cadavre d’une villageoise adorée de tous, un dimanche d’Action de grâce. L’inspecteur-chef Armand Gamache, qui dirige l’escouade des homicides de la Sûreté du Québec, est chargé de l’enquête.

Ce meurtre est déroutant. Qui voudrait voir morte une vieille dame aussi gentille? Le mystère s’épaissit à mesure que l’on met au jour des œuvres d’art que la victime a longtemps gardées secrètes. Rustiques, primitives et troublantes, ces peintures touchent différemment tous ceux qui les voient.

Le meurtrier est-il dissimulé dans le tableau? Son mobile l’est-il également? Est-ce un pur hasard si la victime avait décidé, quelques jours avant le meurtre, d’exposer son œuvre pour la première fois?

À mesure que l’inspecteur-chef Gamache approfondit son enquête, il découvre de sombres secrets enfouis et déterre d’affreux souvenirs. Quelque part, dans le joli village de Three Pines, quelqu’un n’est pas ce qu’il paraît être.

Le premier livre de Louise Penny que je lis mais ce ne sera pas le seul…

J’ai aimé le petit village de Three Pines, ses habitants tous différents mais attachants, les mini ou maxi drames cachés dans leurs vies et l’exotisme (eh oui!) du français du Québec (l’auteur écrit en anglais mais la traduction sonne juste – j’ai lu l’édition québecoise, je suppose que l’édition française, parue sous le titre Nature morte, est la même (pourquoi changer le titre?) et, par pitié, que les éditions Actes Sud arrêtent ces affreuses couvertures noires et rouges qui me rebutent…

L’intrigue est bien ficelée, j’ai hésité jusqu’au bout, je n’ai compris qu’à quelques pages de la fin… L’écriture agréable et fluide, vraiment un plaisir! Je vais de ce pas me procurer la seconde enquête d’Armand Gamache 🙂    

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Classé dans Littérature canadienne (anglophone)

Les identités meurtrières / Amin Maalouf

les-identites-meurtrieres-551« Depuis que j’ai quitté le Liban en 1976 pour m’installer en France, que de fois m’a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais « plutôt français » ou « plutôt libanais ». Je réponds invariablement : « L’un et l’autre ! » Non par quelque souci d’équilibre ou d’équité, mais parce qu’en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c’est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C’est précisément cela qui définit mon identité. Serais-je plus authentique si je m’amputais d’une partie de moi-même ? »

Le livre commence par ces mots… Amin Maalouf pose une question : Savons-nous quelle est notre identité? Pas celle de nos papiers mais notre identité profonde, celle de nos pensées – faute d’autre mot, je dirais celle de notre âme… Un livre passionnant, qui fait réfléchir et auquel on revient…

French-Lebanese writer Amin Maalouf poses in his garden, on July 18, 2011, at his home at the Cadouere hamlet in Yeu island, western France. Maalouf, 62, whose books seek to build bridges between East and West, will succeed to French anthropologist Claude Levi-Strauss at the French Academy (official authority on the French language). Maalouf has published several novels that focus on the themes of Arab religious and national identity, in addition to journalism, essays and a work of history. AFP PHOTO / DAMIEN MEYER

AFP PHOTO / DAMIEN MEYER

Amin Maalouf est un écrivain franco-libanais. Enfant, au Liban, il va à l’école chez les Pères Jésuites. C’est là qu’il va découvrir la langue française. Il poursuit des études de sociologie à l’université française de Beyrouth. Il travaille ensuite comme journaliste et se spécialise dans l’actualité internationale.

Dès le début de la guerre du Liban, il quitte Beyrouth pour la montagne, refusant de prendre parti dans ce conflit. En 1976, il quitte le Liban pour Paris.où il devient rédacteur en chef de « Jeune Afrique ».
Il rencontre son premier succès de librairie en 1986 avec un roman « Léon l’Africain », et décide alors de se consacrer à la littérature. Il obtient en 1993 le prix Goncourt pour « Le Rocher de Tanios ».

Amin Maalouf est membre de l’Académie Française depuis juin 2011.

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Classé dans Littérature française

Compartiment pour dames / Anita NAIR

Dans un pays comme le nôtre où le célibat est souvent associé à l’idée de solitude, voire d’échec, il est bon de lire Compartiment pour dames. Anita Nair, auteur indienne, sait en effet que, dans son pays, le célibat est avant tout générateur de liberté et qu’il faut se battre pour acquérir cette indépendance.

Son personnage, Akhila, fille aînée d’une famille dont elle a la charge, décide un jour de partir seule en voyage. Elle prend le train et se trouve dans un compartiment avec six autres femmes. La métaphore est caricaturale : le voyage, bien entendu, sera source d’échanges, de prises de conscience.

Chaque femme racontera son histoire et ces vies exposées seront pour Akhila des modèles de réflexion. Il faut dire qu’Anita Nair ne badine pas avec les récits lourds d’intention : l’avortement, l’homosexualité, la pédophilie, la contraception sont autant de thèmes abordés, comme s’il s’agissait pour l’auteur de régler leur compte à tous les tabous de son pays. Un livre qui se lit avec intérêt.

On regrettera peut-être que l’écriture et la composition de l’ouvrage ne soient pas d’une grande originalité, mais l’essentiel n’est pas là. Il faut lire Compartiment pour dames comme une dénonciation, un rappel : le sort des femmes (indiennes) est encore largement entre les mains des hommes. –Isabelle Magnien

Compartiment pour dames

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Classé dans Littérature indienne (anglophone)