Archives de Catégorie: Littérature sud-américaine (Chili)

Eva Luna / Isabel ALLENDE

Elle s’appelle Eva, ce qui veut dire vie, sa mère avant voulu qu’elle y morde à belles dents ; Eva Luna, parce qu’elle fut conçue par un Indien de la tribu des Fils de la Lune piqué par un aspic, que sa mère arracha à l’agonie en lui faisant l’amour. Petite bonniche rebelle et émerveillée, écoutant aux portes et abreuvée de feuilletons radiophoniques, elle a le don d’inventer des histoires rocambolesques, improbables, renversantes, drôles et dramatiques comme la vie même, ce qui lui vaudra plus tard de sortir de la misère, de la servitude et de l’anonymat.

Entre-temps, son destin aura croisé celui de dizaines de personnages plus hauts en couleur les uns que les autres – sa marraine, qui donnera le jour à un monstre à deux têtes, l’une blanche et l’autre noire; grand-mère Elvira, qui couche dans son cercueil et sera sauvée par cette arche de fortune lors d’une inondation catastrophique; la Madame, puissante maquerelle de la capitale, et Mimi, travesti promu star de la télévision nationale; Huberto Hlaranjo, gosse de la rue qui grandira dans les maquis de la guérilla; oncle Rupert et tante Burgel, aubergistes et fabricants de pendules à coucous dans un village danubien au cœur des montagnes tropicales; leurs filles dodues à ravir et voluptueuses à souhait; et un dictateur, un tortionnaire au gardénia à la boutonnière, un commerçant moyen-oriental au cœur tendre et aux caresses savantes, sa femme Zulema, vaincue par la fatigue de vivre, un gros journaliste sagace et épicurien, un ministre déféquant sur une chaise percée tendue de velours épiscopal… -, sans oublier Rolf en qui Eva reconnaîtra l’homme de sa vie, puisque à en vivre une, il lui faut bien concevoir que certaines histoires finissent bien.

 

Récit baroque et flamboyant, ce livre me fait croire qu’Isabel Allende a en elle le don de Shéhérazade : conteuse des mille et une nuits, elle nous fait entrer dans son rêve…

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Littérature sud-américaine (Chili)

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler / Luis SEPULVEDA

Zorbas le chat grand noir et gros a promis à la mouette qui est venue mourir sur son balcon de couver son dernier œuf, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Tous les chats du port de Hambourg vont se mobiliser pour l’aider à tenir ces promesses insolites. À travers les aventures rocambolesques et drôles de Zorbas et Afortunada, on découvre la solidarité, la tendresse, la nature et la poésie.

 

Pour les enfants ? Non, pour tous, de 7 à 97 ans !

Quelle tendresse et, de nouveau, quelle poésie dans ce livre qui est une leçon de vie…

A lire absolument !

Poster un commentaire

Classé dans Littérature pour la jeunesse, Littérature sud-américaine (Chili)

Le vieux qui lisait des romans d’amour / Luis SEPULVEDA

El Idilio est un petit village aux portes de la forêt amazonienne. Un enfer vert peuplé de chercheurs d’or, d’aventuriers de tout poil en quête d’un Eldorado imaginaire, d’Indiens Jivaros rejetés par leur peuple. La découverte par les Indiens Shuars d’un cadavre d’homme blond atrocement mutilé met le feu au village. Malgré les accusations hâtives du maire qui désigne les Indiens, Antonio José Bolivar diagnostique dans cette mort non pas la main de l’homme mais la griffe d’un fauve… Le vieil homme, aguerri aux mystères de la forêt et grand lecteur de romans sentimentaux se voit bientôt contraint de se lancer dans une chasse de tous les dangers…

Roman écologique s’il en est, l’histoire que tisse Luis Sepúlveda se gorge d’une imagination éclatante et recèle cette part de magie issue des contes. Loin de nous donner une définition du paradis, l’Amazonie de l’auteur – qui la connaît bien pour y avoir vécu – est un lieu organique, cruel, dur et hostile. Elle n’en mérite pas moins le respect que l’on donne aux lieux qui rendent notre monde unique et dont l’existence est aujourd’hui en péril.

 

Ce livre est d’abord une critique de la destruction de la forêt amazonienne, Sepulveda constate que le « progrès » fait disparaître l’équilibre naturel, condamne des espèces végétales, animales et des humains (les Indiens). Cette forêt, en outre, est un des poumons de la planète.

Le personnage du vieil homme, profondément humain, fait comprendre que la clé du bonheur, c’est l’amour de la vie. Cet homme qui a vécu parmi les Indiens est un « sage », il sait qu’il faut vivre en symbiose avec la forêt et ne pas la détruire.

Tout cela raconté avec beaucoup de tendresse et de poésie…

Poster un commentaire

Classé dans Littérature sud-américaine (Chili)

Les roses d’Atacama / Luis SEPULVEDA

Les trente-cinq « histoires marginales » que Luis Sepulveda a rassemblées dans ce recueil répondent toutes au devoir de mémoire. L’auteur raconte que, visitant un jour le camp de concentration de Bergen-Belsen en Allemagne, il remarqua une pierre sur laquelle une main anonyme avait gravé cette inscription : « J’étais ici et personne ne racontera mon histoire ». Son but est de combler cette lacune en évoquant l’histoire de « tous ceux dont on ne parle pas dans les journaux, qui n’ont pour toute biographie qu’un passage oublié dans les rues de la vie ». Les victimes de la barbarie nazie comme le poète yiddish Avrom Sützkever, mais aussi celles de toutes les guerres et les dictatures à travers le monde. Parfois, il s’agit simplement de personnages singuliers dont le destin pour être obscur n’en est pas moins exemplaire comme cet acrobate uruguayen croisé dans un aéroport, ou ce Bengali qui, sur l’île de Timor, transforme un cimetière de bateaux en petit paradis. L’un des plus touchants est Fredy Taberna, jeune militant socialiste assassiné par les militaires chiliens et qui avait l’habitude de consigner dans un carnet ce qu’il considérait comme les merveilles du monde, les platanes de Santiago ou l’éclosion miraculeuse des roses du désert d’Atacama. Et c’est bien ce que fait Sepulveda lui-même, mû à la fois par la compassion et l’émerveillement : donner des raisons d’espérer en dressant l’inventaire poignant de ces vies à la fois humbles et extraordinaires. –Yves Bellec

 

C’est la seconde fois que je relis ce petit livre qui m’émeut profondément. Ce n’est pas un recueil de nouvelles, c’est un recueil de vies et de la vie : vies de personnes croisées au hasard de voyages ou parfois simplement racontées par d’autres. Mais au travers de ces petits textes, c’est la vie qui coule et la résistance à l’oppression.

Merci, monsieur Sepulveda…

Poster un commentaire

Classé dans Littérature sud-américaine (Chili)