Archives de Tag: Légende

A la croisée des mondes (His Dark Materials) / Philip Pullman


Quatrièmes de couvertures :

1 – Les royaumes du Nord (Northern Lights)

Ce n’était pas une vie ordinaire pour une jeune fille de onze ans : Lyra vivait, en compagnie de son dæmon Pantalaimon, parmi les Érudits de Jordan College, passant ses journées à courir dans les rues d’Oxford à la recherche éperdue d’aventures.
Mais sa vie bascule le jour où elle entend parler d’une extraordinaire particule. D’une taille microscopique, la Poussière – que l’on trouve uniquement dans les vastes étendues glacées des Royaumes du Nord – est censée posséder le pouvoir de briser les frontières entre les mondes, un pouvoir qui suscite effroi et convoitises…
Jetée au coeur d’un terrible conflit, Lyra sera forcée d’accorder sa confiance aux gitans et à de terribles ours en armure. Et, lors de son périlleux voyage vers le Nord, elle devra découvrir pourquoi son propre destin semble étroitement lié à cette bataille sans merci où s’opposent des forces que nul ne l’avait préparée à affronter.

2 – La tour des Anges (The Sublte Knife)

Ayant franchi le pont entre les mondes édifié par Lord Asriel, son père, l’intrépide Lyra se retrouve dans la cité de Cittàgazze, la ville au-delà de l’aurore, où des spectres mangeurs d’âmes rôdent dans les rues, où les lointains battements d’ailes des anges résonnent au-dessus d’une mystérieuse tour. Mais Lyra n’est pas sans allié. Car le jeune Will Parry, à la recherche de son père disparu depuis de longues années, a également pénétré dans cet étrange royaume par une porte magique. Ensemble, Lyra et Will vont entamer un périlleux voyage à travers les dimensions, et découvrir un secret mortel : un objet d’une puissance extraordinaire et dévastatrice. Mais à chaque étape de leur périple, ils se rapprocheront d’un danger plus funeste encore – et de l’incroyable vérité sur leur propre destinée…

3 – Le miroir d’Ambre (The Amber Spyglass)

Séparée de son compagnon Will, la jeune Lyra est retenue prisonnière par sa mère, l’ambitieuse et impitoyable Mme Coulter qui, pour mieux s’assurer de sa docilité, l’a plongée dans un sommeil artificiel.
Parti à sa recherche escorté de deux anges, Balthamos et Baruch, Will parvient finalement, au prix d’un terrible sacrifice, à délivrer Lyra. Pour aussitôt repartir à l’aventure.
Car, tandis que Lord Asriel se prépare à l’ultime bataille qui décidera du sort des mondes, les deux adolescents doivent s’engager dans la plus périlleuse des missions : un voyage dans une contrée d’où nulle âme n’est jamais revenue, le royaume des morts…

 

Extraits :

« Le mot « Daemon », qui apparaît tout au long du livre, se prononce comme le mot français « démon ». »

« Lyra et son daemon traversèrent le Réfectoire où grandissait l’obscurité, en prenant bien soin de rester hors de vue des Cuisines. Les trois longues tables qui occupaient toute la longueur du Réfectoire étaient déjà dressées, l’argenterie et les verres réfléchissaient la lumière déclinante, et les longs bancs étaient tirés, prêts à accueillir les convives. Les portraits des anciens Maîtres étaient accrochés aux murs, tout là-haut dans la pénombre. Lyra atteignit l’estrade, jeta un coup d’œil par-dessus son épaule vers la porte ouverte des cuisines et, ne voyant personne, elle s’approcha de la table surélevée. Ici, les couverts étaient en or, pas en argent, et les quatorze sièges n’étaient pas des bancs en chêne, mais des chaises en acajou dotées de coussins en velours.
  Lyra s’arrêta à côté de la chaise du Maître et donna, de l’ongle, une chiquenaude sur le plus grand des verres. Le tintement clair résonna dans le Réfectoire.
— Tu n’es pas sérieuse, chuchota son daemon. Sois sage. » – Les royaumes du Nord.

 

« Will tira sa mère par la main, en disant :
— Allez, viens. Viens…
Mais sa mère traînait les pieds. Sa peur ne s’était pas dissipée. Will balaya du regard la rue étroite, baignée de la lumière du crépuscule et bordée de petites maisons toutes semblables, chacune derrière son jardinet et sa haie de buis. Les derniers rayons du soleil se reflétaient sur les fenêtres d’un côté de la rue et laissaient l’autre côté dans l’ombre. Le temps était compté. Les gens devaient être à table à cette heure et, bientôt, des enfants envahiraient les parages, des enfants curieux et bavards à qui rien n’échapperait. Il était dangereux d’attendre, mais Will ne pouvait rien faire d’autre que de convaincre sa mère, comme toujours. » –  La tour des Anges.

 

« … Alors que les bêtes de proie,
venues de profondes cavernes,
observaient la jeune fille endormie…
 
William Blake
 
Dans une vallée à l’ombre des rhododendrons, non loin de la limite des neiges éternelles, là où coulait un petit torrent nacré par l’eau de fonte, où des colombes et des linottes voletaient au milieu des sapins gigantesques, se trouvait une grotte, en partie dissimulée par le rocher escarpé qui la surplombait et le feuillage dense qui s’étendait au-dessous.
Les bois étaient remplis de mille bruits : le torrent qui grondait entre les rochers, le vent dans les branches des sapins, le bourdonnement des insectes et les cris des petits mammifères arboricoles, sans oublier le chant des oiseaux. Et, de temps en temps, sous l’effet d’une rafale de vent plus forte, une branche de cèdre ou de sapin frottait contre une autre en vibrant comme une corde de violoncelle.
Le sol était moucheté par le soleil éclatant ; des faisceaux dorés aux reflets jaune citron s’enfonçaient entre les flaques d’ombre brun-vert, et la lumière n’était jamais immobile, jamais constante, car souvent des nappes de brume dérivaient entre les cimes des arbres, filtrant et transformant les rayons du soleil en un lustre perlé, aspergeant les conifères d’embruns qui scintillaient dès que la brume se dissipait. Parfois, l’humidité des nuages se condensait sous forme de gouttelettes, mi-brume mi-pluie, qui flottaient jusqu’au sol plus qu’elles ne tombaient, avec un petit crépitement, parmi les aiguilles de pin. » – Le miroir d’Ambre.

 

Mon avis :

Attention, ceci n’est PAS de la littérature pour la jeunesse… C’est de la littérature, point! Et de la très, très bonne littérature. Mélangeant avec bonheur Fantasy et SF Steampunk, ces bouquins sont pour moi un véritable coup de coeur.
Edités dans la collection Folio Jeunesse la première fois (ce que je considère une erreur), ils peuvent bien sûr être lus par des jeunes – comme tout roman, il n’y a pas d’âge de lecture mais des niveaux de lecture, et, ici, il est évident qu’il faut un très bon niveau pour assimiler les subtilités de ces bouquins.
Philip Pulmann a imaginé des mondes extraordinaires et des héros attachants que l’on suit sans se lasser au long des trois volumes de sa trilogie…

A lire absolument!

Un très bon article sur Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/À_la_croisée_des_mondes

 

Poster un commentaire

Classé dans Littérature anglaise

Le chien de guerre et la douleur du monde / Michael Moorcock

« J’avais acquis une certaine renommée et gagné un surnom dont on usait parfois : Krieghund. On disait que j’étais né pour la guerre… »

Quatrième de couverture :

1631 ; l’Allemagne est à feu et à sang. Au lendemain du sac de Magdebourg, le Graf Ulrich von Bek, capitaine de mercenaires, abandonne ses hommes pour se réfugier dans les profondeurs de la forêt de Thuringe. Une étrange et redoutable révélation l’y attend.

C’est un pacte qui va sceller le destin du « Chien de guerre », un pacte diabolique puisque Lucifer en est l’artisan. Dès lors, pour son salut, pour le salut de celle qu’il aime, pour le salut d’un monde que déchire la folie sanguinaire, von Bek se met en quête.
Une quête où beaucoup ont échoué. Une quête qui l’entraîne dans l’ailleurs entre les mondes et peut-être jusqu’aux portes du Paradis. Une descente aux enfers aussi, car le royaume des Ténèbres est souvent plus proche qu’on ne croit.
Flamboyante épopée fantastique et baroque, voici le premier livre de VON BEK.

 

Extrait :

« C’était en cette année, où la vogue de la cruauté exigeait non seulement la crucifixion des jeunes paysans mais également celle de leurs animaux domestiques, que je fis la connaissance de Lucifer et que je fus conduit en enfer ; car le prince des Ténèbres souhaitait conclure un marché avec moi. »

 

Mon avis :

Situé dans une époque troublée par les guerres de religions, ce roman met en scène une improbable rencontre entre Von Bek, un capitaine de mercenaires désenchanté et Lucifer, l’ange déchu qui est appelé Satan depuis sa chute… Von Bek accepte de partir à la recherche du Graal pour le compte de Lucifer. On entre de plain-pied dans cette histoire et on est emporté au rythme des aventures de Von Bek. Un des bouquins que je relis régulièrement avec le même plaisir que la première fois…

 

Poster un commentaire

Classé dans Littérature anglaise

Les Âmes perdues de Dutch Island / John Connolly

9782258101067

Depuis quelques années, Marianne vit seule avec son fils à Dutch Island, petite île pittoresque de l’Etat du Maine. Elle a choisi cet endroit isolé pour échapper à son mari, Moloch, un criminel particulièrement violent et dépravé qui la maintenait sous sa coupe. Aujourd’hui Moloch croupit en prison. Du fond de sa cellule, il fait des rêves étranges auxquels il se sent lié. Il y est question de piraterie, de massacres et de pillages. Une histoire qui ressemble étrangement à celle des premiers colons de Dutch Island, autrefois appelée Sanctuary. Cette histoire, Joe Dupree, l’unique policier local, en est le dépositaire.
Apprécié de tous, Joe garde un statut particulier dans l’île. La faute à son regard, toujours triste, qui lui vaut le surnom de Melancholy Joe, et à sa stature de géant. Ces derniers temps, il a senti un changement dans l’île. Les anciens du village aussi. Il y a une recrudescence des événements singuliers dont Dutch Island a toujours été le théatre. Des apparitions de silhouettes à l’orée des bois. Une densification anormale de la végétation. Quelque chose est à l’oeuvre. L’orage se prépare.
A la faveur d’un transfert, Moloch s’échappe grâce à l’aide de complices. Dans sa tête résonne l’écho d’un cri : vengeance. Mais reste à savoir s’il en sera le bras armé ou la victime…

 

Un thriller sombre et inquiétant dont la majeure partie se passe sur une île étrange près des côtes du Maine…
Passionnant jusqu’au bout, je ne peux que recommander ce livre aux amateurs de Thriller!

4-tres-bon

Poster un commentaire

Classé dans Littérature anglaise (Irlande)

La Vallée des Neuf Cités / Bernard Simonay

Simonay - La vallée des neuf citésAn 3987 de l’ère christienne… Notre civilisation a disparu, laissant derrière elle un monde chaotique, beaucoup moins peuplé, et dominé par des cités autarciques où règnent la sauvagerie et la barbarie. Dans la Vallée des Neuf Cités le jeune Hegon d’Eddnyrà découvre qu’une prophétie a prédit qu’il serait à l’origine de grands bouleversements. Il est celui qui doit détruire le Loos’Ahn, le mystérieux dragon invisible qui, tous les neuf ans, frappe les cités de la Vallée. Le peuple voit en lui son nouveau héros, mais sa popularité dérange la caste dirigeante. Devant la menace qui pèse sur lui, il est contraint de fuir.

Bernard Simonay renoue ici brillamment avec l’univers qui a fait sa renommée puisque Hegon n’est autre que le fondateur de la cité nouvelle de Gwondaleya, que l’on retrouvera, dix-huit siècles plus tard, au centre de La trilogie de Phénix.

 

Quel plaisir de retrouver l’univers de « Phénix » que j’avais adoré !

On s’attache très vite au personnage de Hegon et on est heureux d’en apprendre un peu plus sur la façon dont s’est créée la légende de Lakor à l’Aigle d’Or…

Comme toujours avec Bernard Simonay, de l’amour, de l’amitié, des aventures, de l’espoir, le tout raconté d’une belle écriture agréable à lire… une épopée du futur !

Merci, Bernard, emmenez-nous encore dans ce monde de vos rêves…

Passionnément

1 commentaire

Classé dans Littérature française

Notre Reine des Neiges / Louise Cooper

Cooper-Notre Reine des NeigesLorsqu’on retire Nanta de l’Académie pour l’enfermer dans le sanctuaire de la Reine des Neiges, la jeune femme, horrifiée, simple choriste dans l’ensemble musical de la cour, se demande ce qu’elle a bien pu faire. Nanta se rend compte qu’elle se trouve au cœur d’un noyau d’intrigues qui la destine à devenir l’épouse du premier fils de l’Empereur qui n’est jamais apparu en public. La jeune femme, hantée par des visions angoissantes, découvre à quel point ce mariage peut être une terrifiante machination destinée à préserver le royaume d’une invasion.

 

J’avais beaucoup aimé « Le maître du temps » de Louise Cooper. Je crois que j’aime encore mieux ce roman-ci…

C’est vrai que l’idée de base est la même : un personnage qui ne sait pas lui-même ce qu’il est et quelles sont ses possibilités mais, ici, plus encore que dans « Le maître du temps », on s’attache à ce personnage de jeune fille fragile apparemment mais qui possède la volonté de l’acier le mieux trempé.

Dans un entourage plein de machinations pour s’approprier le pouvoir, Nanta devra comprendre seule quel est son destin.

Magie et poésie dans ce livre où Louise Cooper a mis tout son talent…

Je me demande pourquoi on a traduit le titre par « Notre Reine des Neiges », il me semble que la traduction « Notre Dame des Neiges » aurait été plus juste…

Beaucoup

Poster un commentaire

Classé dans Littérature anglaise

Les Dames du Lac & Les Brumes d’Avalon / Marion Zimmer Bradley

Bradley Dames Lac 1Bradley Dames Lac 2La légende du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde n’avait, depuis longtemps, inspiré un roman d’une telle envergure, d’un pareil souffle. Et, pour la première fois, ce drame épique nous est conté par une femme à travers le destin de ses principales héroïnes.

Bien sûr, Merlin l’Enchanteur, Arthur et son invincible épée Excalibur, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes, exceptionnellement attachantes, qui tiennent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac, grande prêtresse d’Avalon, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d’Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la fée, sœur et amante du grand roi…

Eternelle histoire d’amour et de mort, vécue et ressentie intensément par celles sans lesquelles l’exaltante aventure des chevaliers de la Table Ronde, opposant forces du mal et hommes de bonne volonté, n’aurait jamais existé.

 

Quelle merveille que ce livre, où l’auteur donne la voix aux femmes et saisit très bien l’ambivalence des sentiments humains… : l’amour, l’amitié… l’amour, la haine… où est la différence ? l’un devenant parfois l’autre… les personnages en sont humains et « vrais ».

Je viens de le relire après plus de dix ans et sa magie a de nouveau opéré : on s’identifie de suite aux héroïnes ou aux héros (chacun le sien, selon ce que l’on est…) et on plonge dans l’histoire…

J’aurai voulu le lire dans une nouvelle traduction car, d’après plusieurs sources, il semble que le texte ait été tronqué ou modifié. Tel quel, il reste très beau avec une poésie tout à fait particulière à Marion Zimmer Bradley, partie trop tôt, peut-être en Avalon, qui sait ?

Merci à elle, à travers le Temps…

a_la_folie

 

 

Avalon / Cycle d’Avalon

C’est en fait au départ un roman unique, The Mists of Avalon (1983) traduit en France en deux volumes, et dont Bradley a développé l’univers par la suite dans d’autres romans, souvent en collaboration avec d’autres auteurs.

VF en 2 volumes (même découpage en Pygmalion grand format et en Livre de poche ; attention : à ce qu’il semble, le texte original a subi quelques « adaptations » dans la VF, notamment des passages tronqués) :

1. Les dames du Lac (Les dames du Lac, I)

2. Les brumes d’Avalon (Les dames du lac, II)

Les préquelles :

Ces romans se déroulent avant ceux de Mists of Avalon. Ils sont listés ici par ordre chronologique des événements.

– Ancestors of Avalon, 2004, écrit par Diana L. Paxson d’après les notes de Bradley / Les Ancêtres d’Avalon

– The Forest House, 1994 / La colline du dernier adieu

– The Lady of Avalon, 1997 (avec Diana L. Paxson) / Le secret d’Avalon

– Priestess of Avalon, 2001 (avec Diana L. Paxson) / La prêtresse d’Avalon

http://www.cof.ens.fr/sftheque/listescycles/bradley.html

 

PROLOGUE de « Les Dames du Lac »

Morgane parle…

« Jadis on m’a donné les noms les plus divers : ceux de sœur, d’amante, de prêtresse, de mage et de reine. Aujourd’hui, le temps de la sagesse venu pour moi, je pense proche le jour où ces choses devront être connues. Mais à dire la vérité, la vérité toute simple, je pense que ce sont les chrétiens qui raconteront la fin de l’histoire ; en effet, le monde des Fées se sépare à jamais du monde où le Christ règne en maître. Je n’ai rien contre le Christ, mais seulement contre ses prêtres, qui appellent démon la Grande Déesse et lui dénient tout pouvoir ici-bas. Au mieux, disent-ils, sa puissance lui vient de Satan, ou bien encore la revêtent-ils de la robe bleue de la Dame de Nazareth, prétendant de surcroît qu’elle fut toujours vierge. Or que peut donc savoir une vierge des douleurs et des larmes de l’humanité ?

C’est pourquoi maintenant, maintenant que le monde a tant changé et qu’Arthur, mon frère, mon amant – qui fut roi et qui le restera à jamais – repose, mort (endormi, dit-on), dans l’Ile Sacrée d’Avalon, cette histoire doit être contée telle qu’elle se déroula vraiment, avant que les prêtres du Christ Blanc ne l’effacent pour toujours avec leurs saints et leurs légendes.

Oui, je le dis, le monde a changé. Il n’y a pas si longtemps encore, un voyageur, s’il en avait le désir et connaissait quelque peu les secrets, pouvait guider sa barge dans la Mer d’Eté et accoster non pas sur le rivage de Glastonbury, l’île chrétienne des Moines, mais sur celui plus lointain de l’Ile Sacrée d’Avalon. En ce temps-là, en effet, les routes conduisant d’un monde à l’autre se croisaient dans les brumes et pouvaient s’entrouvrir au gré des pensées et des désirs de chacun. Oui, en ce temps-là, existait un grand secret, accessible à tous les hommes doués de connaissance, qui savaient que le monde, chaque jour renouvelé, ne peut se bâtir et survivre que spirituellement.

Aujourd’hui, hélas ! les Chrétiens et leurs prêtres, jugeant que cette réalité empiète sur les pouvoirs de leur Dieu, unique créateur d’un monde immuable, ont refermé ces portes – qui n’existaient que dans l’esprit des hommes. C’est pourquoi les chemins ne mènent plus qu’à l’Ile des Moines qui étouffent et voilent, avec leurs cloches et leurs églises, d’autres voix, d’autres échos réfugiés désormais au-delà des brumes, aux confins de ce qu’ils appellent les ténèbres de l’enfer.

J’ignore tout de ce que ce Dieu, leur Dieu, peut, ou non, avoir créé. En dépit de tout ce que l’on dit, je n’ai jamais su grand-chose de leurs prêtres, et n’ai jamais porté la robe noire d’une de leurs nonnes-esclaves. Si ceux qui vivent à la cour d’Arthur, à Camelot, ont cru devoir m’identifier à l’une d’elles sous prétexte que je portais là-bas la robe sombre d’Avalon, eh bien, qu’ils restent dans l’erreur. Je me garderai bien de les décevoir, ce qui d’ailleurs aurait été périlleux à la fin du règne d’Arthur. Sans doute ai-je baissé la tête comme jamais n’aurait accepté de le faire Viviane, la Dame du Lac, ma vénérée maîtresse, jadis la plus grande et fidèle amie d’Arthur, devenue ensuite, comme moi, l’une de ses pires ennemies. Mais qu’importe. Aujourd’hui, la querelle est éteinte. Je peux enfin pleurer Arthur qui repose, mort, non pas comme mon ennemi et l’ennemi de ma Déesse, mais seulement comme mon frère – seulement comme un homme mort ayant besoin de toute l’aide de la Mère Suprême, comme tous les hommes en ont besoin un jour. Les prêtres eux-mêmes savent cela, avec leur Vierge Marie dans sa robe bleue, car elle aussi, à l’heure de la mort, devient la Mère Eternelle.

Ainsi Arthur repose-t-il enfin. Je ne suis plus pour lui ni une sœur ni une amante, ni une ennemie, mais seulement, et pour toujours, la Dame du Lac. La Mère Eternelle veille sur lui désormais. Qu’il retourne en son sein, comme tous les hommes, un jour, finissent par retourner vers Elle. Peut-être, tandis que je guidais la barge qui l’emportait, non pas cette fois vers l’Ile des Moines, mais vers le seul, l’unique rivage de vérité, celui de l’Ile Sacrée d’Avalon qui s’estompe et s’éloigne là-bas de notre monde visible, peut-être Arthur s’est-il repenti de la cruelle inimitié qui nous a séparés. Peut-être…

En relatant cette histoire, il m’arrivera sans doute de faire allusion à des événements survenus en mon absence ou lorsque j’étais trop jeune pour les comprendre. Certains donc douteront de leur authenticité, en ironisant sur mes prétendus dons magiques. Or je ne peux changer la vérité. Oui, je l’affirme hautement, j’ai, dès mon plus jeune âge, reçu le don de vision, celui d’entrevoir, comme s’ils se déroulaient devant moi, des événements proches ou lointains, de me glisser dans les pensées les plus intimes des humains et c’est justement la raison pour laquelle je puis aujourd’hui raconter cette histoire.

Un jour viendra sans doute où les prêtres aussi voudront la dire telle qu’ils l’auront comprise. Alors peut-être, entre les deux récits, une parcelle de vérité finira-t-elle par s’imposer d’elle-même.

Car il y a une chose que les prêtres ignorent, avec leur Dieu unique, leur Vérité unique : c’est qu’une histoire véridique n’existe pas. La vérité a plusieurs visages. Elle ressemble à l’ancienne route d’Avalon : elle dépend de notre volonté, de nos pensées, du but vers lequel nous tendons, de celui où l’on finit par arriver, dans l’Ile d’Eternité ou bien dans celle des chrétiens avec leurs cloches et leur mort, leurs mensonges sur Satan, l’Enfer et la damnation… Mais peut-être suis-je finalement injuste à leur égard ! Même la Dame du Lac, qui comparait la langue de certains prêtres à celle de la plus venimeuse des vipères, me reprocha un jour d’avoir mal parlé de leur Dieu.

– Tous les Dieux ne sont qu’un -, me dit-elle alors, comme je l’ai moi-même enseigné maintes fois à mes propres novices, et comme le répétera chacune des prêtresses qui viendront après moi ; oui, toutes les Déesses ne sont qu’une, et il n’y a qu’un seul et unique Initiateur. Chaque homme possède sa propre vérité et Dieu se trouve dans chacune d’entre elles.

Ainsi, la Vérité elle-même oscille-t-elle entre la route de l’Ile des Moines et celle d’Avalon, qui s’enfonce de plus en plus dans les brumes de la Mer d’Eté.

Telle est ma vérité, la vérité de Morgane, celle qu’on appelait, dans les temps qui s’éloignent irrémédiablement, la Fée Morgane. »

 

Poster un commentaire

Classé dans Littérature américaine (USA)

Le Seigneur des Anneaux / J.R.R. TOLKIEN (Le livre & le film)

 

Aux temps reculés qu’évoque le récit, la Terre est peuplée d’innombrables créatures étranges. Les Hobbits, apparentés à l’Homme, mais proches également des Elfes et des Nains, vivent en paix au nord-ouest de l’Ancien Monde, dans la Comté. Paix précaire et menacée, cependant, depuis que Bilbon Sacquet a dérobé au monstre Gollum l’Anneau de Puissance jadis forgé par Sauron de Mordor. Car cet anneau est doté d’un pouvoir immense et maléfique. Il permet à son détenteur de se rendre invisible et lui confère une autorité sans limites sur les possesseurs des autres Anneaux. Bref, il fait de lui le Maître du Monde. C’est pourquoi Sauron s’est juré de reconquérir l’Anneau par tous les moyens. Déjà ses Cavaliers Noirs rôdent aux frontières de la Comté.

 

Alors que va sortir dans nos cinémas « Le Hobbit »de Peter Jackson, c’est peut-être le moment de publier un petit article sur « Le seigneur des Anneaux ». Lorsque je l’ai écrit, vers 2005, après avoir vu les trois films, je venais de relire le livre. Voici mon texte comme je l’ai écrit à cette époque :

En général, les films qu’on fait d’après un livre que j’ai lu ne me plaisent pas ! C’est normal, j’ai imaginé les personnages d’après ma perception de la description de l’auteur et ce n’est pas nécessairement celle du réalisateur  d’un film…

Je fais une exception pour « Le Seigneur des Anneaux » que j’ai trouvé extraordinaire !

La Terre du Milieu est presque devenue réalité dans les trois somptueux films de Peter Jackson (à voir en version longue). Les personnages sont, d’après beaucoup de spectateurs (y compris moi !), tout à fait conformes à l’image que l’on s’en fait, les décors et les costumes sont magnifiques et les paysages extraordinaires.

Le réalisateur, Peter Jackson, est Néo-Zélandais et les films ont été tournés en Nouvelle-Zélande. Chaque site a fait l’objet d’une recherche très poussée afin de se rapprocher au mieux du pays imaginé par Tolkien. Pendant trois ans, les acteurs et l’équipe de tournage ont vécu en Terre du Milieu. Les décors et les costumes ont été peaufinés pour correspondre exactement aux descriptions du livre.

Mais le plus intéressant est que l’esprit du livre est dans le film : « Le Seigneur des Anneaux » est un livre construit comme une légende ou un conte. La lutte entre le bien et le mal, la quête des héros, les épreuves successives nous tiennent en haleine tout au long des trois fois trois heures. L’espoir, presque la certitude, que tout finira bien est en filigrane du récit.

La version longue est plus explicite, des scènes que je pense importantes ont été ajoutées ou plus exactement, n’ont pas été retranchées. Le coffret DVD contient également ce que les Américains appellent le « making off » : des images du tournage du film. Il est très intéressant de savoir pourquoi certains passages ont été déplacés ou simplement omis. Les effets cinématographiques ne sont pas les mêmes que les effets littéraires : le rythme d’un film doit comporter des parties plus « fortes » à intervalles réguliers. Certains passages, par exemple la rencontre des Hobbits avec Tom Bombadil, n’ont pas une grande importance sur le déroulement de l’histoire de l’Anneau et auraient pris beaucoup de temps dans le film déjà très long.

A voir donc, et à lire avec le plus grand plaisir !

 

 

Poster un commentaire

Classé dans Littérature anglaise