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Les aventures d’Aldo Morosini / Juliette Benzoni

Cette série, parue sur plusieurs années (1994-2016) volume par volume, met en scène le prince Aldo Morosini qui est devenu après la première Guerre mondiale un antiquaire spécialisé dans les bijoux anciens. Suspense, amours, trahisons et secrets historiques foisonnent dans cette série où se mêlent vérité historique et histoire romancée. Voici une réédition bienvenue!

Premier volume :
L’Etoile bleue.
La Rose d’York.
L’Opale de Sissi.
Le Rubis de Jeanne la Folle.
Les Émeraudes du Prophète.
La Perle de l’Empereur.
Les Joyaux de la sorcière.

 

Second volume :
Les » Larmes  » de Marie-Antoinette.
Le Collier sacré de Montezuma.
L’Anneau d’Atlantide.
La Chimère d’or des Borgia.
La Collection Kledermann.
 » Les Trois Frères « .
Le Diamant de Bourgogne.
Le Vol du Sancy.

 

Extraits :

 » Morosini prit entre ses doigts le lourd bracelet moghol où, enchâssée dans de l’or ciselé, une profusion d’émeraudes et de perles enveloppait d’une folle végétation un bouquet de saphirs, d’émeraudes et de diamants. Il le caressa un moment puis, le posant devant lu, il attira d’une main une forte lampe placée sur un coin de son bureau et l’alluma pendant que, de l’autre, il encastrait dans son orbite une loupe de joaillier.
Violemment éclairé, le bracelet se mit à étinceler de feux qui allumèrent des éclats bleus et verts aux quatre coins de la pièce. On aurait dit qu’un volcan miniature venait de s’ouvrir au coeur d’une toute petite prairie. » – L’étoile bleue

« – Ce n’est pas parce que ce malheureux est affligé d’une femme à moitié folle qui préfère le fan-tan au bridge et court la nuit les quartiers interlopes qu’il faut le soupçonner d’abriter des pensées inavouables. En fait, son plus gros défaut est d’avoir une sale gueule, mais ça non plus ce n’est pas sa faute ! » – La Rose d’York

 » Plus remarquable encore était la femme qui fixa l’attention du prince. Son port était celui d’une altesse et, en la regardant, Morosini évoqua certain portrait de la duchesse d’Albe peint par Goya. Elle était à la fois vêtue et masquée de dentelles noires: une sorte de mantille retombant de sa haute coiffure un peu plus bas que la bouche. Ses longs gants étaient taillés dans le même tissu léger et sombre qui faisait ressortir l’éclatante blancheur d’une peau sans défaut. Aucun autre bijou qu’une broche scintillant d’un éclat magique dans les dentelles mousseuses au creux d’un magnifique décolleté. Un éventail était posé sur le rebord de velours rouge de la loge. » – L’opale de Sissi »

 » De Lisa jamais il ne se lasserait. Il le sentait bien aux poussées de jalousie primitive qui torturaient ses nuits à la savoir si loin de lui, si proche d’inconnus dont il ignorait s’ils la respecteraient. Pour se calmer il évoquait alors les deux années vécues auprès de ce corps adorable sans en soupçonner la grâce, empaqueté qu’il était dans les vêtements à peu près informes de « Mina Van Zelten » dont même Plan-Crépin ne se fût pas accommodée. Alors il oubliait sa souffrance et il souriait… C’était, à tout prendre, un bon remède pour éviter de devenir fou… » – Les émeraudes du Prophète

 » Légende ou réalité, on chuchote depuis longtemps qu’au moment du cataclysme qui a englouti l’Atlantide, régnait sur ce qui n’était qu’une colonie de terre ferme une femme d’une extraordinaire beauté, d’une vaste intelligence, douée comme la Cassandre troyenne de la faculté de prédire l’avenir. » – L’anneau d’Atlantide

Mon avis :

Je viens de re-lire les aventures d’Aldo Morosini, le prince-antiquaire de Juliette Benzoni. C’est qu’elles sont passionnantes, ces histoires : un mélange de lieux exotiques fort bien décrits, d’enquêtes sur des crimes, de courses à travers l’Europe et le Moyen-Orient, tout cela dans l’ambiance des années 20 – les années folles – et le luxe des palaces de l’époque…

Je prend toujours beaucoup de plaisir à relire cette saga, ça ne me dérange pas de connaître le futur des personnages. Et ces personnages sont particulièrement bien choisis pour mettre de l’ambiance, de l’action, de la romance, du suspense et de l’humour!

Juste un bémol, on aurait pu se passer du dernier titre « Le vol du Sancy », nettement moins bon que tous les autres…

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Classé dans Littérature française

Tous les vivants (Le crime de Quiet Dell) / Jayne Anne Phillips

Quatrième de couverture :

Chicago, 1931. Asta Eicher, jeune veuve mère de trois enfants, est seule et désespérée. Quand Harry Powers, un galant inconnu, la courtise et lui promet de l’épouser, elle est persuadée que la vie lui offre une seconde chance. Quelques semaines plus tard, Asta et ses enfants sont retrouvés morts, assassinés. Emily Thornhill, une des rares femmes journalistes de l’époque, se charge alors de couvrir l’enquête et tâche de comprendre ce qui est arrivé aux Eicher, particulièrement à Annabel, une enfant à l’imagination débordante qui semble dotée d’étranges facultés.

Tous les vivants est une fiction inspirée d’un crime célèbre. Avec une grande profondeur psychologique et au moyen de documents d’époque, Jayne Anne Phillips fait parler et revivre la famille Eicher ainsi que son meurtrier quelques jours avant le drame, jusqu’au procès public de celui qu’on appellera  » le Barbe bleue des temps modernes  » . Jayne Anne Phillips fait son grand retour avec ce roman tiré d’un fait divers tragique qui hante à jamais l’Amérique et inspira le chef d’oeuvre de Charles Laughton La nuit du chasseur.
A l’instar de De sang froid de Capote, Tous les vivants nous plonge au coeur d’un drame saisissant, porté par l’écriture lyrique d’un auteur qui se confronte à la fois au réel et au surnaturel.

 

Extraits :

« Grand-Mère m’expliquait toujours que nos rêves sont des désirs ou des souhaits, des cadeaux des fées qui nous guident et veillent sur nous durant notre sommeil. Elle me disait que les poèmes et les histoires sont les murmures d’anges invisibles, des êtres autrefois pareils à vous et moi, qui en savent plus que nous ne pouvons en savoir tant que nous sommes encore de ce monde.
– Parle-moi dans ta tête quand je serai partie, disait Grand-Mère. Je t’entendrai toujours, et je t’enverrai ma réponse dans le bruissement de l’herbe et du vent et à l’aide d’autres petits signes, parce que nous ne nous exprimons plus par des mots quand nous avons disparu. »

« Les Eicher ne faisaient plus jamais référence à leurs origines d’Europe du Nord, mais assurément Andersen et Grimm avaient trouvé l’inspiration de leurs contes au Danemark et en Allemagne. Absolument sinistres, ces histoires, pensait Charles : des miroirs aux alouettes qui conduisaient invariablement des enfants innocents à l’abattoir, tels des agneaux préalablement engraissés. Un univers féerique qui vous invitait à croire que la vertu est toujours récompensée. Charles savait que c’était faux.
La naïveté de sa propre mère les avait transformés en victimes. »

 

Mon avis :

Un roman passionnant, mêlant si bien la réalité et la fiction – plus le fantastique – qu’on est captivé par l’histoire malgré qu’on sache déjà la fin… Construction intéressante où on fait connaissance de la famille pendant plusieurs chapitres et puis on se trouve subitement plongé dans le drame…
C’est là qu’on découvre Emily, la journaliste qui mène une enquête sur la disparition de la famille Eicher en compagnie d’un collègue sympathique, Eric. Emily va aussi rencontrer au cours de cette enquête un homme qui sera celui qu’elle attend, William, et un jeune garçon dans la misère, Mason, qu’elle choisit d’aider!
Sur tout cela plane le souvenir – ou l’âme – d’Annabel, la plus jeune fille Eicher, fantasque et poète qui apporte une touche de fantastique et de lumière à l’histoire d’un crime sordide…
Le livre est semé de quelques photos qui datent de l’époque et qui apportent une touche de réel!
Je n’ai pu m’empêcher de trouver Asta-Anna (la maman) bien trop crédule et (mais je pense que cela correspond à l’époque) bien dépendante – il lui faut trouver un homme, il n’y a pas d’autre solution…
Tel quel, j’ai lu avec beaucoup de plaisir (hé oui, malgré les crimes) ce bouquin qui sort de l’ordinaire!

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Classé dans Littérature américaine (USA)

L’étrange vie de Nobody Owens / Neil Gaiman

Quatrième de couverture :

Nobody Owens était presque encore un bébé quand sa famille a péri sous la lame du plus célèbre des tueurs de Londres, le Jack. La nuit du drame, il est cependant parvenu à se réfugier dans un cimetière, où un couple de fantômes l’a recueilli et l’a élevé comme l’un des leurs, sous l’oeil bienveillant de Silas, son ami ni vivant ni mort. Mais cette période heureuse est aujourd’hui révolue, car le Jack rôde toujours, et l’heure est venue d’aller l’affronter une bonne fois pour toutes. À l’extérieur…

 

Extraits :

« – IL se tuent, tu veux dire?
Bod avait une huitaine d’années, les yeux curieux et bien ouverts, et il n’était pas idiot.
– Absolument.
-Et ça marche? Ils sont plus heureux une fois morts?
– Parfois. La plupart du temps, non. C’est comme les gens qui s’imaginent qu’ils seront plus heureux en allant vivre ailleurs, mais qui apprennent que ça ne marche pas comme ça. Où que l’on aille, on s’emmène avec soi. Si tu vois ce que je veux dire. »

« – Comment tu t’appelles ?
– J’ai pas de pierre tombale, dit-elle en abaissant les coins de la bouche. Je pourrais être n’importe qui, pas vrai ?
– Mais tu as bien un nom.
– Liza Hempstock, pour vous servir, fit-elle d’un ton aigre. C’est pas trop demander, tout de même. Un petit quelque chose pour marquer ma tombe. Je suis juste là, tu vois ? Y a rien que des orties pour montrer où je repose. »

« Bod frissonna. Il avait envie de prendre son tuteur dans ses bras, de le serrer et de lui dire qu’il ne le laisserait jamais tomber, mais un tel acte était inconcevable. Il ne pouvait pas plus serrer Silas contre lui qu’il ne pouvait serrer un rayon de lune, non que son tuteur fût immatériel, mais parce que cela ne se faisait pas. Il y avait les gens qu’on pouvait prendre dans ses bras, et puis il y avait Silas. »

 

Mon avis :

C’est un conte, un conte délicieux – à la fois sombre (il se passe tout de même dans un cimetière) et joyeux (tous ces défunts ne sont pas tristes et accompagnés de Silas, ils s’occupent au mieux de Nobody « Bod » qui est aimé et protégé)…

Avec eux, Bod va apprendre un maximum de choses pour pouvoir se défendre car ses amis craignent tous que le Jack revienne pour s’en prendre à lui!  C’est bien sûr une façon de dire que l’enfance est une période « entre deux » où les parents apprennent aux enfants un maximum de choses pour qu’ils puissent un jour voler de leurs propres ailes…

J’ai beaucoup aimé ce bouquin et je pense qu’il peut plaire à tout âge…

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Classé dans Littérature anglaise

A la croisée des mondes (His Dark Materials) / Philip Pullman


Quatrièmes de couvertures :

1 – Les royaumes du Nord (Northern Lights)

Ce n’était pas une vie ordinaire pour une jeune fille de onze ans : Lyra vivait, en compagnie de son dæmon Pantalaimon, parmi les Érudits de Jordan College, passant ses journées à courir dans les rues d’Oxford à la recherche éperdue d’aventures.
Mais sa vie bascule le jour où elle entend parler d’une extraordinaire particule. D’une taille microscopique, la Poussière – que l’on trouve uniquement dans les vastes étendues glacées des Royaumes du Nord – est censée posséder le pouvoir de briser les frontières entre les mondes, un pouvoir qui suscite effroi et convoitises…
Jetée au coeur d’un terrible conflit, Lyra sera forcée d’accorder sa confiance aux gitans et à de terribles ours en armure. Et, lors de son périlleux voyage vers le Nord, elle devra découvrir pourquoi son propre destin semble étroitement lié à cette bataille sans merci où s’opposent des forces que nul ne l’avait préparée à affronter.

2 – La tour des Anges (The Sublte Knife)

Ayant franchi le pont entre les mondes édifié par Lord Asriel, son père, l’intrépide Lyra se retrouve dans la cité de Cittàgazze, la ville au-delà de l’aurore, où des spectres mangeurs d’âmes rôdent dans les rues, où les lointains battements d’ailes des anges résonnent au-dessus d’une mystérieuse tour. Mais Lyra n’est pas sans allié. Car le jeune Will Parry, à la recherche de son père disparu depuis de longues années, a également pénétré dans cet étrange royaume par une porte magique. Ensemble, Lyra et Will vont entamer un périlleux voyage à travers les dimensions, et découvrir un secret mortel : un objet d’une puissance extraordinaire et dévastatrice. Mais à chaque étape de leur périple, ils se rapprocheront d’un danger plus funeste encore – et de l’incroyable vérité sur leur propre destinée…

3 – Le miroir d’Ambre (The Amber Spyglass)

Séparée de son compagnon Will, la jeune Lyra est retenue prisonnière par sa mère, l’ambitieuse et impitoyable Mme Coulter qui, pour mieux s’assurer de sa docilité, l’a plongée dans un sommeil artificiel.
Parti à sa recherche escorté de deux anges, Balthamos et Baruch, Will parvient finalement, au prix d’un terrible sacrifice, à délivrer Lyra. Pour aussitôt repartir à l’aventure.
Car, tandis que Lord Asriel se prépare à l’ultime bataille qui décidera du sort des mondes, les deux adolescents doivent s’engager dans la plus périlleuse des missions : un voyage dans une contrée d’où nulle âme n’est jamais revenue, le royaume des morts…

 

Extraits :

« Le mot « Daemon », qui apparaît tout au long du livre, se prononce comme le mot français « démon ». »

« Lyra et son daemon traversèrent le Réfectoire où grandissait l’obscurité, en prenant bien soin de rester hors de vue des Cuisines. Les trois longues tables qui occupaient toute la longueur du Réfectoire étaient déjà dressées, l’argenterie et les verres réfléchissaient la lumière déclinante, et les longs bancs étaient tirés, prêts à accueillir les convives. Les portraits des anciens Maîtres étaient accrochés aux murs, tout là-haut dans la pénombre. Lyra atteignit l’estrade, jeta un coup d’œil par-dessus son épaule vers la porte ouverte des cuisines et, ne voyant personne, elle s’approcha de la table surélevée. Ici, les couverts étaient en or, pas en argent, et les quatorze sièges n’étaient pas des bancs en chêne, mais des chaises en acajou dotées de coussins en velours.
  Lyra s’arrêta à côté de la chaise du Maître et donna, de l’ongle, une chiquenaude sur le plus grand des verres. Le tintement clair résonna dans le Réfectoire.
— Tu n’es pas sérieuse, chuchota son daemon. Sois sage. » – Les royaumes du Nord.

 

« Will tira sa mère par la main, en disant :
— Allez, viens. Viens…
Mais sa mère traînait les pieds. Sa peur ne s’était pas dissipée. Will balaya du regard la rue étroite, baignée de la lumière du crépuscule et bordée de petites maisons toutes semblables, chacune derrière son jardinet et sa haie de buis. Les derniers rayons du soleil se reflétaient sur les fenêtres d’un côté de la rue et laissaient l’autre côté dans l’ombre. Le temps était compté. Les gens devaient être à table à cette heure et, bientôt, des enfants envahiraient les parages, des enfants curieux et bavards à qui rien n’échapperait. Il était dangereux d’attendre, mais Will ne pouvait rien faire d’autre que de convaincre sa mère, comme toujours. » –  La tour des Anges.

 

« … Alors que les bêtes de proie,
venues de profondes cavernes,
observaient la jeune fille endormie…
 
William Blake
 
Dans une vallée à l’ombre des rhododendrons, non loin de la limite des neiges éternelles, là où coulait un petit torrent nacré par l’eau de fonte, où des colombes et des linottes voletaient au milieu des sapins gigantesques, se trouvait une grotte, en partie dissimulée par le rocher escarpé qui la surplombait et le feuillage dense qui s’étendait au-dessous.
Les bois étaient remplis de mille bruits : le torrent qui grondait entre les rochers, le vent dans les branches des sapins, le bourdonnement des insectes et les cris des petits mammifères arboricoles, sans oublier le chant des oiseaux. Et, de temps en temps, sous l’effet d’une rafale de vent plus forte, une branche de cèdre ou de sapin frottait contre une autre en vibrant comme une corde de violoncelle.
Le sol était moucheté par le soleil éclatant ; des faisceaux dorés aux reflets jaune citron s’enfonçaient entre les flaques d’ombre brun-vert, et la lumière n’était jamais immobile, jamais constante, car souvent des nappes de brume dérivaient entre les cimes des arbres, filtrant et transformant les rayons du soleil en un lustre perlé, aspergeant les conifères d’embruns qui scintillaient dès que la brume se dissipait. Parfois, l’humidité des nuages se condensait sous forme de gouttelettes, mi-brume mi-pluie, qui flottaient jusqu’au sol plus qu’elles ne tombaient, avec un petit crépitement, parmi les aiguilles de pin. » – Le miroir d’Ambre.

 

Mon avis :

Attention, ceci n’est PAS de la littérature pour la jeunesse… C’est de la littérature, point! Et de la très, très bonne littérature. Mélangeant avec bonheur Fantasy et SF Steampunk, ces bouquins sont pour moi un véritable coup de coeur.
Edités dans la collection Folio Jeunesse la première fois (ce que je considère une erreur), ils peuvent bien sûr être lus par des jeunes – comme tout roman, il n’y a pas d’âge de lecture mais des niveaux de lecture, et, ici, il est évident qu’il faut un très bon niveau pour assimiler les subtilités de ces bouquins.
Philip Pulmann a imaginé des mondes extraordinaires et des héros attachants que l’on suit sans se lasser au long des trois volumes de sa trilogie…

A lire absolument!

Un très bon article sur Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/À_la_croisée_des_mondes

 

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Le gardien des choses perdues / Ruth Hogan

Quatrième de couverture :

Londres, mai 1974. Anthony Peardew attend sa fiancée, Thérèse. Celle-ci est étonnamment en retard. Il est loin de se douter qu’elle n’arrivera jamais, gisant au centre de l’attroupement qui s’est formé quelques centaines de mètres plus bas sur la chaussée. De retour chez lui ce même jour, Anthony réalise qu’il a égaré le médaillon que Thérèse lui avait confié, rompant ainsi la seule promesse qu’elle lui ait jamais demandé de tenir. Le coeur brisé, il passera le restant de son existence à collecter des objets trouvés au hasard de ses promenades, dans l’espoir de pouvoir un jour les restituer à leurs propriétaires.

Désormais âgé de plus de soixante-dix ans, le vieil homme décide de léguer sa demeure victorienne et les « trésors » qu’elle recèle à sa fidèle assistante Laura, qu’il pense être la seule à même d’accomplir la mission qu’il s’est donnée. En exprimant ses dernières volontés, il est loin de se douter de leurs répercussions et de l’heureuse suite de rencontres quelles vont provoquer…

 

Extraits :

« Lorsqu’il avait commencé, toutes ces années auparavant , à recueillir les objets perdus, il n’avait pas vraiment de plan. Il voulait simplement les mettre en lieu sûr au cas où, un jour, ils pourraient se voir réunis aux gens qui les avaient perdus. Il ignorait souvent si ce qu’il avait trouvé était rebut ou trésor. Mais quelqu’un, quelque part, le savait. Et c’est alors qu’il s’était remis à écrire, tramant des nouvelles autour de ses trouvailles. Au fil des ans, il avait rempli ses tiroirs et ses étagères de fragments des vies d’autrui et mystérieusement, ils avaient contribué à guérir la sienne – si cruellement fracassée – et à la restaurer. »

« Si tu n’as jamais la tristesse, comment sais-tu à quoi heureux ressemble ? demanda-t-elle. Et, d’ailleurs, tout le monde meurt. »

« Elle s’était décidée pour le feutre bleu cobalt. Sa grand-mère lui avait dit un jour qu’on peut imputer aux gènes la responsabilité de la laideur et à l’éducation celle de l’ignorance, mais qu’être ennuyeux était rigoureusement inexcusable. L’école avait été ennuyeuse. Eunice était une fille intelligente, mais agitée ; elle s’ennuyait trop en classe pour se montrer bonne élève. Elle voulait de l’émotion, une vie moins inerte. Le bureau où elle travaillait était ennuyeux, plein de gens ennuyeux, et son travail l’était aussi : taper à la machine et classer, sempiternellement. Respectable, selon ses parents, mais ce n’était qu’un autre mot qualifiant l’ennui. Son unique salut se trouvait dans les films et les livres. Elle lisait comme si sa vie en dépendait. »

 

Mon avis :

Pour un premier roman, c’est un coup de maître : pas une fausse note… et pourtant au départ, j’ai hésité – peur que cela ne soit trop sentimental, larmoyant… mais pas du tout et, au fil des pages, je suis entrée dans cette histoire de souvenirs et d’amours perdus – ou pas encore trouvés! Un cadre très British, une construction de chapitres inventive, ce petit bouquin est aussi universel par les sentiments évoqués avec beaucoup d’esprit et de tendresse.
Les petites histoires attribuées à chaque objet perdu m’ont fait penser à certaines nouvelles de Bradbury, intemporelles, elles pourraient se situer n’importe où et n’importe quand…
Voilà, c’est un coup de coeur, ça ne surprendra personne et tous ces coups de coeur ces moments-ci me redonnent foi et espoir en la littérature de demain! ❤

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Lignes de vie / Graham Joyce

Quatrième de couverture :

Une famille de sept soeurs aux vies fondées sur l’amour, la tradition, l’angoisse et l’espoir. Des vies simples et émouvantes auxquelles se mêlent presque imperceptiblement l’étrange et le merveilleux, l’ordinaire et l’extraordinaire. Cassie, la plus jeune des soeurs, a eu un petit garçon de père inconnu et n’a pas eu le courage de le céder à des parents adoptifs. Il est alors décidé que le petit Frank sera élevé par chacune des soeurs, à tour de rôle. Ainsi l’enfant sera-t-il le témoin privilégié de ces vies aux lignes si différentes, dans les drames et les illusions de l’après-guerre. Mais Frank est un enfant particulier, doué d’intuitions étonnantes ; comme sa jeune mère, sensible à des signes invisibles ; comme sa grand-mère, parfois visitée par des apparitions lui annonçant l’avenir…

 

Extraits :

« Cassie Vine, vingt-deux ans à peine, les yeux secs, serre le bébé sans nom sous son manteau et plisse les yeux pour les protéger du vent. Il est midi, trois jours après la Victoire en Europe, et elle attend sous le portique de la National Provincial Bank, sur les marches de pierre blanche, qu’on vienne chercher son enfant. Devant elle gémit la ville de Coventry, brisée par le bombardement. »

« Les hauteurs de la ville étaient en flammes. Des brigades de pompiers luttaient en vain. Les bombes et les flammes avaient détruit les grands magasins. L’eau crachée par les tuyaux dégageait des tourbillons de vapeur évoquant des génies. Les toits vomissaient une fumée bouillonnante, noire comme l’ébène, que le feu éclairait par en dessous. Il faisait trop chaud pour traverser Broadgate. Elle resta en retrait, contemplant les flammes, tandis que ce hideux battement d’ailes de cuir résonnait de nouveau à ses oreilles. Elle distribua des tapes furieuses aux petits démons importuns qui voletaient tout autour d’elle. Puis elle vit son premier cadavre. »

« — Pourquoi des gens voudraient arrêter de se parler ?
Martha alluma sa pipe, secoua l’allumette pour l’éteindre et
la rejeta dans le foyer. Elle souffla un nuage de fumée bleue à l’odeur douce. Frank la scruta à travers la fumée trompeuse qui donnait l’impression que ses yeux larmoyaient. Elle tarda à lui répondre.
— Les fantômes, dit-elle.
— Les fantômes ?
— Oui. On peut transformer quelqu’un en fantôme rien qu’en arrêtant de lui parler. C’est une façon de le tuer, tu vois, de le changer en pierre, mais en s’assurant qu’il soit toujours dans les parages pour pouvoir continuer à le punir. Alors promets-moi de ne jamais faire ça, hein, Frankie ?
— Promis, mamie.
— Promis, mamie. Maintenant, tu peux aller jouer dans ta chambre, j’aimerais bien avoir la paix un moment. »

 

Mon avis :

Quel roman étonnant! Au départ, j’ai pensé « pas vraiment mon genre, je crois que je ne vais pas le finir… » et puis, j’ai continué, continué et je suis tombée sous le charme de cette famille étrange, où le fantôme du père traîne en lisant son journal, où la mère reçoit des visites lui annonçant des évènements à venir et où la plus jeune fille, Cassie, a des « absences » après lesquelles elle ne se souvient pas toujours de ce qu’elle a fait…
Et j’ai aimé ce livre, vraiment… ❤

Ci-dessous, une phrase qui dit mieux que je ne pourrais le dire mon ressenti face à ce livre :

 » Et son écriture est comme une petite musique, qui semble si banale à la première écoute, mais qui s’impose lentement et qu’on ne peut en fin de compte ni quitter ni oublier. Graham Joyce ne se plie jamais à la tentation du grand guignol. Si ses scènes sont fortes, c’est parce qu’il les écrit avec un talent extraordinaire. Pas d’effets spéciaux, rien que le plaisir de raconter les choses, la malice de dérouter le lecteur, la délicatesse de tracer des lignes de vie. » – Jean-Claude Vantroyen

Si vous en voulez plus, suivez ce lien :  Jean-Claude VANTROYEN

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La voix des vagues / Jackie Copleton

Quatrième de couverture :

Lorsqu’un homme horriblement défiguré frappe à la porte d’Amaterasu Takahashi et qu’il prétend être son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu est bouleversée. Elle aimerait tellement le croire, mais comment savoir s’il dit la vérité ?
Ce qu’elle sait c’est que sa fille et son petit-fils sont forcément morts le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki ; elle sait aussi qu’elle a fouillé sa ville en ruine à la recherche des siens pendant des semaines. Avec l’arrivée de cet homme, Amaterasu doit se replonger dans un passé douloureux dominé par le chagrin, la perte et le remord.
Elle qui a quitté son pays natal, le Japon, pour les États-Unis se remémore ce qu’elle a voulu oublier : son pays, sa jeunesse et sa relation compliquée avec sa fille. L’apparition de l’étranger sort Amaterasu de sa mélancolie et ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent les souvenirs qu’elle a laissés derrière elle …

 

Extraits :

« Endurance
L’anthropologue Ruth Benedict a un jour déclaré que le fondement de la culture japonaise est la honte et celui de la culture américaine, un certain sens du péché ou de la culpabilité. Dans une société dont la honte est la pierre d’achoppement, perdre la face équivaut à avoir un ego détruit. Par exemple, jadis, les guerriers samouraïs étaient des hommes fiers. Lorsqu’ils étaient trop pauvres pour se payer un repas, ils gardaient un cure-dent aux lèvres pour montrer aux yeux du monde qu’ils venaient de manger. »

« Le vent
Kaze : le vent aussi bien que la pluie sont plus que de simples phénomènes naturels pour les japonais. Il existait une ancienne croyance selon laquelle le vent était créé par les allées et venues de dieux invisibles. En conséquence chez les anciens, tous les vents, hormis les mauvais et les méchants, étaient littéralement -kamikaze- (vents divins) »

« Partager un parapluie
Al-ai-gasa : à l’époque féodale, hommes et femmes en relations intimes n’étaient pas censés se montrer proches l’un de l’autre en public, sans même parler de bras entrelacés ou de mains tenues. Une des rares occasions où ces gestes étaient permis étaient les jours de pluie, quand ils pouvaient jouir de l’intimité d’un parapluie partagé. En conséquence, si un homme proposait un parapluie à une femme, son geste était souvent interprété comme l’expression implicite de son amour pour elle. Depuis lors, un homme et une femme amoureux se décrivent comme partageant un parapluie. »

 

« Il n’existe pas de mot pour ce que nous avons entendu ce jour-là. Il ne doit jamais y en avoir. Donner un nom à ce son risquerait de signifier qu’il pourrait se reproduire. Quel terme serait à même de capturer les rugissements de tous les orages jamais entendus, tous les volcans, tsunamis et avalanches jamais vus en train de déchirer la terre et d’engloutir toutes les villes sous les flammes, les vagues, les vents? Ne trouvez jamais les termes adéquats capables de décrire une telle horreur de bruit ni le silence qui s’était ensuivi. »

 

Mon avis :

L’histoire d’une famille japonaise qui traverse l’Histoire de la seconde guerre mondiale. Le 9 août 1945 est la date fatidique où la Bombe va tomber sur Nagasaki. Et tout sera changé…
Un très beau premier roman : une belle écriture, des personnages vrais auxquels on s’attache, une approche que je pense juste de la culture japonaise, des sentiments éternels dans toutes les cultures…

A lire absolument!

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