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Le Paris des merveilles / Pierre Pevel

1 – Les enchantements d’Ambremer

2 – L’élixir d’oubli

3 – Le royaume immobile

Occupé à enquêter sur un trafic d’objets enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, se retrouve mêlé à une série de meurtres. Confronté à des gargouilles immortelles et à un puissant sorcier, Griffont n’a d’autre choix que de s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien…

Mais je vais laisser Pierre Pevel vous présenter son Paris des merveilles :

« Il était une fois le Paris des Merveilles…
Où l’on plante le décor d’un Paris qui n’exista jamais tout à fait.
Les contes d’autrefois, ainsi que les fabuleuses créatures qui les inspirèrent, ont une patrie. Cette patrie se nomme l’OutreMonde. Ne la cherchez pas sur une carte, même millénaire. L’OutreMonde n’est ni un pays, ni une île, ni un continent. L’OutreMonde est… un monde, ma foi. Là vivent les fées et les licornes, les ogres et les dragons. Là prospèrent des cités et des royaumes que nous croyons légendaires. Et tout cela, au fil d’un temps qui s’écoule autrement.
Cet univers voisine avec le nôtre. Jadis, ils étaient si proches qu’ils se frôlaient parfois. Alors naissaient des passages fugitifs, des chemins de traverse déguisés, des ponts incertains jetés sur l’abîme qui, d’ordinaire infranchissable, sépare les mondes. Tel promeneur pouvait ainsi rencontrer, au détour d’un sentier perdu, une reine attristée caressant un grand cerf blanc dont une flèche perçait le flanc ; tel berger explorait une ravine et découvrait au-delà une vallée que la vengeance d’un sorcier condamnait à un hiver éternel ; tel chevalier solitaire passait, en quête de gloire, le rideau étincelant d’une cascade vers des régions inconnues où attendait l’aventure. Combien firent semblables expériences ? Combien de poètes et ménestrels contèrent ces voyages ? Assez pour être entendus, sans doute. Trop peu pour être crus. À l’époque déjà, les esprits sages niaient l’existence de l’OutreMonde et de ses prodiges. Et les mêmes, aujourd’hui, continuent doctement à vouloir peindre nos rêves en gris…
Mais oublions les fâcheux et revenons à l’OutreMonde. Il existe bel et bien, et manqua de peu changer l’Histoire. Car que serait-il advenu si, au lieu de s’éloigner à jamais, ce monde et sa magie s’étaient au contraire approchés ? Que se serait-il passé si l’OutreMonde, à la faveur d’une conjonction astrale propice, ou d’un caprice du destin, avait librement étendu son influence sur Terre pour l’imprégner de merveilles que le temps écoulé nous aurait bientôt rendues familières ?
Avec votre permission, admettons qu’il en fût ainsi et transportons-nous au début du XXe siècle, en France. Plus précisément, considérons notre capitale. Que voyons-nous ? Nous reconnaissons d’abord un Paris pittoresque et vieillot, celui de la Belle Époque. C’est donc le Paris des Grands Boulevards et des immeubles haussmanniens, des rues pavées et des réverbères à gaz, des quartiers populaires où rien ne semble avoir changé depuis Vidocq. Mais c’est aussi le Paris des premières automobiles, de l’Art nouveau triomphant, de la fée Électricité qui pointe le bout de son nez. Sur les murs s’étalent des réclames peintes : elles vantent en lettres immenses les biscuits Lefèvre-Utile, les pneumatiques Michelin et le Cachou Lajaunie. Les messieurs ont de fières moustaches, des chapeaux melons, des canotiers ; les dames ont des corsets, des jupes et des jupons, des bottines à boutons. Déjà, de rutilants tacots pétaradent parmi les fiacres, les omnibus à impériale, les tramways attelés, les charrettes à bras, les cyclistes et les piétons intrépides. Dans les gares crachent, toussent et ronflent d’énormes locomotives à vapeur dont les sifflets, avant le départ, résonnent sous les toitures immenses. Du haut de ses vingt ans, la tour de M. Eiffel regarde une basilique pâtissière pousser au sommet de Montmartre. Çà et là fleurissent des marquises en verre et fonte verte – elles protègent les accès d’un chemin de fer métropolitain qui continue de s’étendre sous terre depuis l’Exposition universelle qui inaugura tant le siècle qu’une nouvelle ère.
Voilà pour Paris, en deux mots, tel qu’il fut. À présent, imaginez…
Imaginez des nuées d’oiseaux multicolores nichées parmi les gargouilles de Notre-Dame ; imaginez que, sur les Champs-Élysées, le feuillage des arbres diffuse à la nuit une douce lumière mordorée ; imaginez des sirènes dans la Seine ; imaginez une ondine pour chaque fontaine, une dryade pour chaque square ; imaginez des saules rieurs qui s’esclaffent ; imaginez des chats ailés, un rien pédants, discutant philosophie ; imaginez le bois de Vincennes peuplé de farfadets sous les dolmens ; imaginez, au comptoir des bistrots, des gnomes en bras de chemise, la casquette de guingois et le mégot sur l’oreille ; imaginez la tour Eiffel bâtie dans un bois blanc qui chante à la lune ; imaginez de minuscules dragons bigarrés chassant les « au ras des pelouses du Luxembourg et happant au vol les cristaux de soufre que leur jettent les enfants ; imaginez des chênes centenaires, et sages, et bavards ; imaginez une licorne dans le parc des Buttes-Chaumont ; imaginez la Reine des Fées allant à l’opéra dans une Rolls-Royce Silver Ghost ; imaginez encore de sombres complots, quelques savants fous, deux ou trois sorciers maléfiques et des clubs privés de gentlemen magiciens.
Imaginez tout cela, et vous aurez une (petite) idée du Paris des Merveilles… »

 

Que puis-je dire après cela sinon qu’il faut absolument lire ce « Paris des merveilles » et que, lorsqu’on l’a fini, on espère l’auteur inspiré pour nous en écrire encore quelques épisodes…

 

 

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La Lune seule le sait / Johan HELIOT

Heliot - La lune seule le saitPrintemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris, stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l’Exposition universelle. L’humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse ses rêves les plus fous.

Dix ans plus tard, l’Europe s’est transformée grâce à l’alliance rendue possible entre la vie et le métal. Pourtant, la révolte gronde, menée par les artistes et les écrivains exilés en Amérique. La science fabuleuse apportée par les créatures d’outre-espace est devenue un instrument d’oppression entre les mains de l’Empereur français. Les droits des peuples sont bafoués, les opposants déportés grâce à la nef ishkiss vers le nouveau bagne que Louis Napoléon vient d’inaugurer dans les entrailles de la Lune.

Quels sont les véritables desseins des alliés du maître de l’Empire ? La réponse offre la clé de l’éternité. Un seul homme sur Terre est peut-être capable de l’entrevoir : celui dont les rêves à présent dépassés ont à longueur de pages fasciné ses semblables…

Prix Rosny Aîné 2001 du meilleur roman de Science-fiction francophone.

 

Nous sommes à l’aube du 20e siècle et il y a plus de 10 ans qu’un vaisseau spatial a fait irruption dans le ciel de Paris, devant la foule stupéfaite venue pour l’Exposition universelle.

Louis Napoléon Bonaparte, complètement fou et tout à fait mégalomane, règne par la peur grâce à la science des extra-terrestres. La révolte gronde…

Un plaisir de lecture ! Vous l’avez compris, c’est une uchronie steampunk menée de main de maître. Ce bouquin est traité « à la manière de » Jules Verne et on l’y retrouve d’ailleurs ainsi que quelques personnages célèbres (je vous laisse le plaisir de les découvrir).

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Un auteur à suivre, assurément !

 

Quelques mots sur Johan Heliot

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Johan Heliot, né le 23 août 1970 à Besançon, de son vrai nom Stéphane Boillot-Cousin, est un écrivain français également professeur de français et d’histoire-géographie.

Il fait partie de la nouvelle génération d’auteurs français de l’imaginaire apparue au tournant du millénaire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Johan_Heliot

 

 

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LE LIVRE DE CENDRES / Mary GENTLE

 

 

 

 

 

 

Avec les quatre volumes du Livre de Cendres, récompensé par le British Science Fiction Award et le Sidewise Award, Mary Gentle nous invite à découvrir une Europe médiévale transformée en un gigantesque champ de bataille. Cette fresque brutale, mais aussi d’une grande sensualité, est d’ores et déjà considérée en Angleterre et aux États-Unis comme un des classiques du genre.

1 : La guerrière oubliée (Ash : a Secret History)

1476. Gênes est à feu et à sang. Les Carthaginois et leurs golems maléfiques ont envahi le sud de l’Europe afin de détruire l’empire de Frédéric de Habsbourg. Une nuit éternelle les accompagne. Rien ni personne ne semble en mesure de les arrêter. Pourtant, une femme de dix-neuf ans, capitaine d’une troupe de mercenaires, va se dresser sur la route de l’envahisseur. L’histoire a oublié cette guerrière au visage couturé et aux cheveux trop blonds. Elle s’appelait Cendres, et la légende dit qu’elle était plus farouche que le lion et guidée par la voix d’un saint.

2 : La puissance de Carthage (Carthage Ascendant)

Prisonnière à Carthage, où le soleil ne brille plus depuis longtemps, Cendres n’a jamais été aussi près du Golem de pierre. Pourtant, simple esclave, sa vie ne tient plus qu’à un fil. Ou plutôt au bon vouloir des amirs wisigoths. Ceux-ci, et leur Faris, ont presque achevé leur croisade contre la Chrétienté et seule la Bourgogne leur résiste encore. Prête à tout pour survivre et retrouver la compagnie du Lion, Cendres découvrira-t-elle le secret de ses voix ?

3 : Les machines sauvages (The Wild Machines)

Cendres a réussi à échapper au roi-calife de Carthage et aux Machines sauvages. Malgré tout, la menace pèse toujours sur elle, sur la Bourgogne et sur le reste de la Chrétienté. D’autant qu’à Dijon, la rumeur prétend que le duc Charles est au plus mal. Les Wisigoths, menés par la Faris, vont bientôt venir à bout des remparts de la ville, et la fuite semble à Cendres la seule issue possible. Pourtant, une question continue de hanter la jeune mercenaire : pourquoi la Bourgogne?

4 : La dispersion des ténèbres. La logistique de Carthage (Lost Burgundy. The Logistics of Carthage)

Après la mort de Charles le Téméraire, la Bourgogne a désormais une duchesse, dernier rempart contre les Machines sauvages et leur noir dessein. Mais la fin semble proche et Dijon ne devrait plus tarder à tomber : presque plus de nourriture, quinze mille Wisigoths – et le roi-calife de Carthage en personne ! – aux portes de la ville… Sans l’aide du Golem de pierre, seule une idée désespérée pourra sauver la ville, ou c’en sera fini de l’humanité tout entière.

Cinq siècles plus tard, tout est fini, l’Histoire est écrite. Et ne conserve quasiment aucune trace de Cendres. Étrange, un personnage aussi atypique pour son époque aurait mérité une biographie plus étoffée, à l’image de celle de Jeanne d’Arc. Plus étrange encore : nos livres d’histoire ne mentionnent aucune civilisation wisigothe établie à Carthage au XVe siècle. Ni d’invasion massive de l’Europe…

Des anomalies qui tracassent le professeur Pierce Ratcliff alors qu’il traduit les manuscrits relatant l’épopée de Cendres. Puisqu’il est invraisemblable que notre Histoire puisse être erronée à ce point, alors c’est tout simplement que les faits relatés relèvent de la fiction. Sauf que des découvertes archéologiques, auxquelles le professeur assiste opportunément, tendent à accréditer la première hypothèse. Que se passe-t-il ? Et que s’est-il réellement passé durant ces quelques années où Cendres a – aurait – vécu et combattu ? Où est passée la Bourgogne ? Est-ce notre passé qui a disparu ou notre Histoire qui le trahit ?

Prix Bob Morane du roman étranger 2005

Prix British science fiction 2000

 

C’est la vie de Cendres, une jeune femme mercenaire au 15e siècle. La chose est déjà exceptionnelle mais Cendres ne sait pas faire autre chose et même, elle est douée pour cela : bien que fille, elle est capitaine de sa troupe de mercenaires à la bannière au lion azur. Son métier a un bel avenir car l’Europe est à feu et à sang… Mais qui est Cendres? Elle-même ne le sait pas : enfant trouvée, elle a grandi sur les champs de bataille élevée par un mercenaire qui n’était pas son père…

Ce n’est pas de la science-fiction classique de même que ce n’est pas de la Fantasy classique car il n’y a pas de magie. Le Livre de Cendres est une uchronie assez inclassable. Il peut plaire à tous ceux qui aiment les grandes épopées et aussi à tous ceux qui aiment les romans historiques car il mêle adroitement histoire et imagination. Moi, j’ai adoré…

Les encarts de l’historien sont une trouvaille comme technique de narration qui relance chaque fois l’attention du lecteur !

Un petit détail : Ash en anglais signifie à la fois « cendres » et « frêne ».

Superbe !

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