Archives mensuelles : décembre 2011

Terre des oublis / DUONG THU HUONG

Alors qu’elle rentre d’une journée en forêt, Miên, une jeune femme du Hameau de la Montagne, situé en plein cœur du Vietnam, se heurte à un attroupement : l’homme qu’elle avait épousé quatorze ans auparavant, dont la mort comme héros et martyr avait été annoncée depuis longtemps déjà, est revenu. Miên est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu’elle aime et avec qui elle a un enfant. Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên, convaincue que là est son devoir, se résout à aller vivre avec son premier mari. Au fil d’une narration éblouissante, la romancière passe de l’un à l’autre des personnages de ce triangle tragique. Miên tente désespérément de se réhabituer à un homme épousé très jeune, physiquement détruit par des années de combats et d’errances dans la jungle, mû par la seule obsession d’engendrer un fils. La jeune femme, nuit après nuit, vit un calvaire. Elle ne peut oublier Hoan qui, résigné, a fui vers la ville où, malgré ses succès commerciaux, il vit un enfer. Plongeant dans le passé de ces trois innocentes victimes, éclairant leurs destinées individuelles par l’évocation d’une société pétrie de principes moraux et politiques, convoquant leur quotidien dans une somptueuse description de sons, d’odeurs et de couleurs, Duong Thu Huong donne véritablement corps à son pays.

Terre des oublis, grand roman de l’après-guerre du Vietnam, est un livre magistral.

 

Un livre fort, plein de sentiments blessés et d’images d’un pays blessé, lui aussi, mais qui veut renaître. La guerre n’a pas fini de faire des victimes… Quelle folie pousse donc les hommes à se battre et à se faire du mal ?

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Classé dans Littérature vietnamienne

Pavillons lointains / Mary Margaret KAYE

Pavillons lointains est à la révolte des Cipayes ce qu’Autant en emporte le vent est à la guerre de Sécession.

Des cimes enneigées de l’Himalaya aux palais des maharadjas, de la Kyber Pass à Kaboul, ce roman retrace les années les plus tumultueuses du rattachement de l’Inde à l’empire britannique au XIXe siècle. Mais c’est avant tout une grande histoire d’amour transcendant les tourments et la fureur de son époque, celle d’Ash, jeune Anglais élevé comme un Indien, et de Juli, princesse indienne déchirée entre raisons du coeur et raison d’État. Et tandis que familles et castes, alliés et ennemis se combattent aveuglément, une civilisation millénaire se précipite vers son destin…

Introuvable depuis de nombreuses années, cette formidable fresque du Raj, dans la lignée d’un Kipling, se devait d’être rééditée.

L’auteur :

C’est le 21 août 1909 à Simla en Inde que naît Mary Margaret Kaye. Elle y passe sa jeunesse ainsi que les premières années de son mariage. Fille et petite fille d’officiers du « British Raj », ses liens avec l’Inde sont particulièrement forts. Après l’Inde, elle suit son mari, le major général Goff Hamilton du corps des Guides de la Reine Victoria (le fameux régiment qui figure dans Pavillons lointains), au Kenya, à Zanzibar, en Égypte, en Chypre et en Allemagne. En 1978, M. M. Kaye obtient une notoriété internationale à la publication de Pavillons lointains qui devint un best-seller mondial. C’est au gré des mutations de son époux que Mary Margaret Kaye s’inspire de ses lieux de séjour pour une série de romans policiers « Death in … » dont Death in the Andamans et Death in Kashmir qui se passent en Inde. Elle écrit son autobiographie en 3 volumes qui paraissent respectivement en 1990, 1997 et 1999. Mary Margaret Kaye est décédée le 29 janvier 2004 à Suffolk aux États-Unis à l’âge de 95 ans.

 

J’ai adoré ce livre, je l’ai lu il y a des années, je le relis de temps en temps et il ne me déçoit jamais ! Il y a de l’amour, de l’amitié, des aventures dans un pays magnifique et j’aime beaucoup l’écriture de Mary Margaret KAYE…

Un grand moment de lecture

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Classé dans Littérature anglaise

Un vide à la place du coeur / Alicia GIMENEZ BARTLETT

(Nido vacio), 2010

Petra Delicado ne pensait pas que le simple fait d’aller aux toilettes dans un centre commercial serait si lourd de conséquences : une petite fille en profite pour lui voler son sac à main, et surtout le pistolet qu’il contient. Si les collègues de l’inspectrice jugent l’affaire carrément risible, Petra, elle, se demande avec angoisse entre quelles mains a pu tomber son arme.

Elle ne tarde pas à le savoir quand on découvre, dans le quartier de Gracia, le corps d’un étranger non identifié. Une balle lui a explosé les parties génitales. Une balle tirée par un Glock du même modèle que celui de Petra. Rongée par la culpabilité, l’inspectrice se lance sur la piste de la petite voleuse, avec pour seul point de départ la photo de l’enfant, trouvée dans les archives d’un centre d’accueil pour mineurs…

Dans cette septième enquête de Petra Delicado et de son adjoint Garzón, Alicia Giménez Bartlett aborde des thèmes d’une grande noirceur, mais évite la surenchère, préférant la finesse d’observation et l’humour cinglant. Plus pétulante que jamais, Petra vieillit avec son époque, revendique sa liberté de ton et d’action, et s’affirme comme l’une des héroïnes marquantes de la littérature policière contemporaine.

 

Un excellent roman qui réussit le tour de force de parler de sujets graves et importants et d’être truffé de séquences d’un humour décapant…

Un bon moment, à partager !

A lire aussi, du même auteur :

–       Rites de mort (Ritos de muerte), 2000

–       Le jour des chiens (Dia de perros), 2002

–       Les messagers de la nuit (Mensajeros de la oscuridad), 2003

–       Meurtres sur papier ((Muertos de papel), 2004

–       Des serpents au paradis (Serpientes en el paraiso), 2007

–       Un bateau plein de riz (Un barco cargado de arroz), 2008

Ils sont tous de la même eau et on suit avec plaisir Petra et Garzon dans des enquêtes parfois très inattendues. On découvre Barcelone et un humour espagnol que je n’attendais pas et qui m’a vraiment plu! Une découverte…

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Classé dans Littérature espagnole

La trilogie de Skaith / Leigh BRACKETT

1 : Les voix de Skaith (The Ginger Star) – aussi paru sous le titre « Le secret de Skaith »

Quatrième de couverture :

Un homme recherche son père adoptif parmi les diverses sociétés des villes et des villages, des temples et des citadelles, et les diverses sauvageries des plaines et des gouffres, des montagnes et des cavernes, sur une planète lointaine dont le soleil se meurt…

Extrait :

« Ce fut du tender desservant le port spatial de la lune que Stark vit Pax pour la dernière fois; et jamais il ne l’avait vue aussi bien. Pax est la principale planète habitable de Vega. C’est aussi une métropole ; ce monde baptisé avec un espoir si précaire se vante avec orgueil que pas un grain de blé n’y germe et que pas un seul objet utile n’y est fabriqué.

La ville s’élance dans le ciel. Elle s’étend sur tous les terrains et même sur de petites mers. Elle s’enfonce sous le sol, niveau après niveau. De grandes superficies sont spécialement conditionnées et équipées pour des non-humains. Tout vient de l’extérieur. Tout le nécessaire est expédié aux docks lunaires, d’où les tenders de ravitaillement partent pour Pax. Rien ne vit sur Pax, sauf des fonctionnaires, des diplomates et des ordinateurs.

Pax est le centre administratif de l’Union Galactique, fédération de mondes s’étendant sur la moitié de la Voie Lactée et englobant également les mondes insignifiants du système solaire. C’est sur Pax que les millions de problèmes des milliards de gens habitant des milliers de planètes diverses deviennent des abstractions faciles à résoudre, tracées sur des rubans magnétiques, des fiches et d’incroyables quantités de feuilles de papier.

« Un monde de papier, pensa Stark, peuplé de gens en papier. »

Mais ce n’était pas le cas de Simon Ashton. Le temps, et ce qu’il avait accompli en matière d’administration planétaire, lui avaient valu un bureau confortable au ministère des Affaires planétaires et un appartement également agréable dans un immeuble haut de quinze cents mètres. Appartement qu’il pouvait ne jamais quitter, s’il le désirait, sauf pour gagner son bureau sur un des trottoirs roulants. Cependant, comme beaucoup de ses collègues dans ce ministère-là, Ashton n’avait jamais perdu son énergie nerveuse, tendue comme une corde de violon. Il se rendait souvent sur place. Il savait que les problèmes d’êtres vivant dans des endroits bien définis ne pouvaient être uniquement résolus en faisant régurgiter des données à une banque d’ordinateurs.

Ashton était allé sur place une fois de trop. Il n’était pas revenu.

Stark l’avait appris alors qu’il se trouvait sur un des mondes moins policés ne faisant pas partie de l’Union. La vie y était plus agréable pour des hommes comme lui. Il était, selon la vieille expression, un loup solitaire, un homme totalement sans maître dans une société où toute personne respectable appartenait à quelque chose. Stark n’accordait son allégeance que par choix, et généralement contre paiement.

Il était mercenaire de métier; il y avait suffisamment de petites guerres tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Union et suffisamment de populations lointaines faisaient appel à ses services pour lui permettre de gagner confortablement sa vie, tout en se livrant à son occupation préférée.

Combattre.

Il s’était battu presque avant de savoir marcher. Né dans une colonie minière de la Ceinture crépusculaire de Mercure, il s’était battu pour rester en vie sur une planète qui n’encourageait pas la vie. Ses parents étaient morts ; ses parents adoptifs étaient des aborigènes sous-humains, arrachant une existence précaire aux vallées brûlantes. Il avait combattu, sans succès, les hommes qui avaient massacré ses parents adoptifs et l’avaient mis en cage, comme une curiosité pleine de hargne. Plus tard, il avait lutté pour survivre en tant qu’homme.

Sans Simon Ashton, il n’y serait jamais parvenu.

Il se souvenait si bien de la chaleur terrifiante, de la douleur d’avoir perdu les siens, des barreaux de la cage, des hommes hilares qui le tourmentaient. Puis Ashton était venu, investi de pouvoirs, son sauveur ; et N’Chaka, l’Homme-Sans-Tribu, avait cédé la place à Eric John Stark.

Deux fois orphelin, Eric-N’Chaka avait, peu à peu, accepté Ashton comme un père. Plus que cela, il accepta Ashton comme un ami. Durant son adolescence il passa énormément de temps avec Ashton car ils étaient très seuls dans les colonies lointaines dans lesquelles on envoyait celui-ci. La bonté d’Ashton, sa sagesse, sa patience, sa force et son affection étaient indélébilement gravés en Stark. Il devait même son nom à son protecteur. Ashton avait fouillé les registres des Mines mercuriennes pour trouver trace de ses parents.

Et maintenant Simon Ashton avait disparu sur le monde d’une étoile rousse située au diable vauvert, dans l’Etrier d’Orion. Un monde tout récemment découvert nommé Skaith dont presque personne n’avait entendu parler, sauf au Centre Galactique. Skaith ne faisait pas partie de l’Union, mais l’Union y avait un consulat. Quelqu’un avait demandé l’aide de l’Union et Ashton était allé sur place.

Peut-être avait-il outrepassé son autorité. En tout cas, ses supérieurs avaient fait de leur mieux. Mais les autorités locales avaient fermé le consulat et refusé de laisser entrer les envoyés de l’Union. Toutes les tentatives pour retrouver Ashton ou apprendre la raison de sa disparition avaient échoué.

Stark avait pris le premier spationef à destination du Centre Galactique et de Pax.

Retrouver Ashton était désormais son seul but. »


2 : Les chiens de Skaith (The Hounds of Skaith)

Quatrième de couverture :

Stark avait vaincu le Chien-Roi Ecorcheur sur la Plaine du Cœur-du-Monde. La meute de molosses télépathes lui obéissait donc. Mais il savait qu’au moindre signe de faiblesse elle serait plus implacable que tous ses autres ennemis sur cette planète hostile. lldann se pencha en avant :   » Les Fallarins sont encore plus puissants que tes Chiens-Démons. S’ils se prononcent contre toi, tu finiras dans les flammes du Bûcher de Printemps. »


3 : Les pillards de Skaith (The Reavers of Skaith)

Quatrième de couverture :

A l’extrémité de l’Etrier d’Orion… Il est un monde agonisant, auprès d’une étoile crépusculaire. Skaith. Un monde de religions et de coutumes étranges, où vivent les Fallarins et les Tarfs, les Errants et les Hérauts, les Chiens et… Eric John Stark, le mercenaire d’outre-monde, l’homme élevé par des créatures à demi-humaines dans l’environnement infernal de Mercure… Tragique et féerique, voici le troisième volet de la Saga de Skaith…

 

NCHAKA l’homme sans tribu, le jeune terrien élevé par les indigènes de Mercure, est un des anciens héros de Leigh BRACKETT qui le promena jadis de Mercure à Mars. Après une éclipse de près de vingt ans elle le ressuscite pour animer la trilogie de SKAITH.

 

Mon avis :

Après « Le Livre de Mars », revoici Eric John Stark, N’Chaka l’homme-sans-tribu, sous la plume magique de Leigh Brackett, cette fois au secours de son mentor, Ashton, disparu lors d’une mission diplomatique.

Skaith, c’est un monde à l’agonie, dont l’étoile est en fin de vie, peuplé par des survivants étranges et dirigé par des entités mystérieuses. Mais Eric John Stark n’est pas le premier humain venu, il est aussi N’Chaka…

Pour ceux qui aiment le genre « Planet Opera », découvrez Skaith, ses peuples étranges, ses paysages crépusculaires – et tout cela au rythme des aventures trépidantes d’Eric John Stark…

J’ai adoré ces trois livres et je regrette qu’il n’y ait pas eu de réédition, je dois donc me contenter de mes trois vieux volumes tout jaunis que je garde précieusement !

Depuis le jour où j’ai écrit cet article, une réédition à enfin eu lieu aux éditions Le Bélial – merci beaucoup ❤ – complétée par deux textes inédits écrits en collaboration par Leigh Brackett, l’un avec son mari Edmond Hamilton et l’autre avec Ray Bradbury… J’ai bien sûr sauté sur l’occasion et ce livre est dans ma bibliothèque!

Toutes les infos sur ce bouquin ici : https://www.belial.fr/leigh-brackett/stark-et-les-rois-des-etoiles

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Classé dans Littérature américaine (USA)

Le livre de Mars / Leigh BRACKETT

1ère éd. française : éd. Opta, Club du Livre d’Anticipation (CLA), en 1969. C’est celle que je possède.

Contient :

Le secret de Sinharat (The Secret of Sinharat), pages 1 à 100, trad. Michel DEUTSCH

Eric John Stark s’engage comme mercenaire au service de Delgaun, seigneur de Valkis, le repaire des anciens Rois Pirates. Cet ambitieux veut entraîner les tribus des Terres Sèches à la conquête des riches Etats-Cités. Pour soulever les foules, il s’attribue des pouvoirs qu’il n’a sans doute pas ; mais des liens mystérieux l’unissent à Kynon, le Donneur de Vie, et à Berild, la reine aux cheveux de flamme.

La vérité se cache-t-elle à Sinharat, la ville de corail ? C’est là que les Ramas, les voleurs de vie, ont enfoui le secret du Transfert des Esprits avant de disparaître, il y a des milliers d’années. Stark se joint à une caravane qui, sous la conduite de Kynon et de Berild, part pour l’antique cité. Une puissance diabolique est à l’œuvre, et la guerre qui s’annonce peut ensanglanter la moitié de la planète. Mais il y a peut-être encore une chance de l’arrêter.

« Les femmes regardaient Stark. Elles avaient une grâce féline. Nues jusqu’à la taille, elles portaient des jupes fendues sur le côté et n’arboraient d’autres bijoux que les minuscules clochettes d’or caractéristiques des villes du Bas Canal, dont le carillon délicat était omniprésent. »

Le peuple du talisman (People of talisman), pages 101 à 237, trad. Michel DEUTSCH

Le talisman ! Depuis les temps légendaires, il était l’orgueil de Kushat, la cité polaire. Mais les gardiens ont manqué à tous leurs devoirs, la pierre a disparu et les barbares se font menaçants. Ciaran, le chef de guerre des cavaliers nomades, rêve de piller la ville et de trouver, au-delà des Portes de la Mort, les clefs de la toute-puissance.

Eric John Stark, l’aventurier terrien, retrouve le talisman et le rapporte aux Kushatis. Ensemble, ils font face à l’invasion. Mais nul ne connaît plus l’usage de la pierre mystérieuse et le désastre guette. Il faut franchir les Portes de la Mort, s’enfoncer dans une vallée glacée, trouver les trois tours où les anciens maîtres de Mars ont gardé en mémoire le secret du talisman…

C’est alors que les choses tournent vraiment mal. Ce qui désormais attend Stark, c’est l’abîme de la folie. Rien de moins.

Mars et les Terriens

  • 1998 le jardin du Shanga (The Beast-Jewel of Mars), pages 240 à 291, trad. Michel DEUTSCH
  • 2016 la malédiction de Bisha (Mars Minus Bisha), pages 292 à 318, trad. Michel DEUTSCH
  • 2024 les derniers jours de Shandakor (The Last Days of Shandakor), pages 319 à 362, trad. Michel DEUTSCH
  • 2031 la prêtresse pourpre de la lune folle (Purple Priestess of the Mad Moon), pages 363 à 391, trad.Jean LAUSTENNE
  • 2038 la route de Sinharat (The Road to Sinharat), pages 392 à 438, trad. Michel DEUTSCH
Réédition Le Bélial, 2008, « Le grand livre de Mars » augmentée du roman « L’épée de Rhiannon », couverture pas géniale de nouveau !
L’épée de Rhiannon
Matt Carse, un aventurier terrien, a d’abord trouvé l’épée, qui l’a conduit à la tombe cachée. C’est là que les Quiru, les anciens dieux, ont enfermé pour l’éternité Rhiannon, le Maudit, le Déchu, le Hors-la-loi. C’est là que Matt Carse est projeté d’un seul coup dans un passé lointain. Il voit l’océan de Mars, disparu depuis un million d’années. Il rencontre les Rois de la Mer, engagés dans une guerre sans merci contre les cruels hommes de Sark et leurs maîtres Dlitiviens, Descendants du Serpent. Il capture la belle Iwain, fille du roi de Sark. Une force inconnue semble le posséder.

Cependant la partie est peut-être jouée d’avance. Les Quiru ont quitte Mars pour aller on ne sait où. Rhiannon est déjà captif de sa sépulture secrète avec tous les instruments de sa terrible puissance. L’ombre du Serpent s’étend sur la planète, et les Rois de la Mer auraient bien besoin de trouver le tombeau perdu. Carse en connaît l’emplacement et pourrait les aider. Le malheur est qu’ils voient l’ombre noire au fond de lui et qu’ils n’ont pas confiance.

Réédition poche, Pocket, 2011, en 2 vol.


Mars. La rouge. La sèche. L’immortelle. Mars où les empires s’entrechoquent et s’effondrent, où les héros naissent à l’ombre d’oriflammes barbares.

Mars, ou la fierté d’un héritage culturel indicible et millénaire. Mars des secrets. Du pouvoir. De la mort. Mars du souvenir…

 

Leigh Brackett (1915-1978) est mondialement connue comme scénariste de films comme Le grand sommeilRio Bravo, L’empire contre-attaque. Pourtant elle a surtout écrit de la S.F. et de la science fantasy, situant sur Mars ou sur Vénus des aventures épiques et flamboyantes où la science a un tel pouvoir qu’on la distingue mal du surnaturel. Elle évoque Mars avec une puissance poétique digne de Bradbury, dont elle fut l’amie et la collaboratrice au temps des Chroniques martiennes.

 

Un bouquin génial que je garde précieusement et que je relis régulièrement. Leigh Brackett a un talent de conteuse rare et a imaginé une planète Mars crépusculaire et flamboyante à la fois dans ses derniers sursauts de vie…

C’est une autre Mars que celle – étrange, belle et paisible – de Bradbury, celle-ci est un poème épique… On ne peut s’empêcher de penser à la Mars de BURROUGHS !

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Le dernier chant des Sirènes / Poul ANDERSON

« Au-dessus, elle danse, nue sous la, lune ou le soleil, aux vents et à la pluie, lançant des mouettes et des baisers d’embrun. Au-dessous, elle est de vert et d’or, calme, toute caresse, elle qui accepte pour enfants les bancs de poissons comme les troupeaux de baleines, le menu fretin comme le gros bétail, même sans les connaître, elle, généreuse protectrice du monde. Mais en son plus lointain profond, elle abrite ce qu’elle n’expose jamais au grand jour, le mystère, et la terreur, la matrice dont elle s’accouche elle-même. »

 

Couverture affreuse aussi, parfois on se demande où ils vont les chercher… mais, oui, j’ai aimé ce bouquin écrit avant la vogue de la Fantasy chez nous (© 1982), et qui mêle l’histoire et les vieilles légendes !

C’est l’histoire des derniers représentants du peuple siréen, maudits et chassés par les humains car la religion les dit diaboliques et, bien sûr, pour les prêtres, ils n’ont pas d’âme ; le tout est raconté de façon poétique et ressemble à un conte ! Merveilleuses descriptions de la mer…

Dommage qu’on ne prévoit pas de réédition, je l’aurai volontiers racheté dans une autre présentation…

 

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Agent de l’Empire terrien / Poul ANDERSON

1ère éd. française, éd. Opta, Club du Livre d’Anticipation (CLA), c’est celui que je possède. Il existe une réédition chez « L’Atalante », avec une couverture que je trouve particulièrement affreuse ! C’est pour cela que je ne l’affiche pas…

Contient :

1 – Le tigre par la queue (Tiger by the Tail), pages 7 à 38, trad. Frank STRASCHITZ

2 – Les guerriers de nulle part (The Ambassadors of Flesh), pages 39 à 59, trad. Frank STRASCHITZ

3 – Honorables ennemis (Honorables Ennemies), pages 61 à 86, trad. Frank STRASCHITZ

4 – Pour la gloire (The game of glory), pages 87 à 132, trad. P. J. IZABELLE

5 – Les chasseurs de la caverne du ciel (A Handful of Stars), pages 133 à 247, trad. Frank STRASCHITZ

6 – Message secret (A Message in Secret / Mayday Orbit), pages 249 à 314, trad. Frank STRASCHITZ

7 – Le fléau des maîtres (A Plague of Masters / Earthman, Go Home !), pages 315 à 416, trad. Frank STRASCHITZ

L’Empire terrien régente quatre millions d’étoiles. De lointains descendants de la planète mère y côtoient des milliers d’espèces étrangères au sein des cultures et des sociétés les plus diverses. Or les premiers symptômes de la décadence frappent aujourd’hui ce colosse repu ; dans les palais de Terra où viennent s’entasser les richesses de la Galaxie, le sybaritisme et la corruption le gangrènent déjà. Et d’autres puissances expansionnistes guettent chacun de ses faux pas. Mais les agents de l’Empire veillent encore, qui franchissent les gouffres entre les mondes pour retarder l’échéance de la Longue Nuit.

« Le crime, » disait le capitaine Dominic Flandry, du Service de Renseignements de la Flotte Impériale Terrienne, « est exclusivement une question de degré. Si vous tuez votre voisin afin de lui voler sa propriété, vous êtes un assassin et un voleur, qui mérite d’être psychorévisé et réduit en esclavage. Si, par contre, vous assemblez une bande de solides gaillards, tuez deux ou trois millions de gens et leur prenez leur planète, vous êtes un grand conquérant, un héros de l’Empire et votre nom sera dans les livres d’histoire. Tôt ou tard, cette contradiction trouve son chemin dans la conscience nationale et cause un désir de paix universelle. C’est ce que l’on nomme décadence, surtout chez les philosophes de l’Histoire, qui n’ont jamais mis le pied sur un champ de bataille. L’Empire traverse actuellement le premier stade de la décadence, époque à laquelle il fait bon vivre : paix, plaisirs en abondance, dans une société pas encore suffisamment pourrie pour que le chaos se soit installé. On pourrait dire que l’Empire est une banane sur laquelle apparaissent les premières taches brunes.

Il ne fut pas mis en prison pour ces remarques, parce qu’il les faisait en privé, sur le balcon de son pavillon situé dans l’hémisphère sud de Varrak. »

(Les guerriers de nulle part)

 

Je ne sais plus combien de fois j’ai lu et relu ce bouquin que j’adore, justement parce que je trouve qu’Anderson ne se prend pas très au sérieux : il se moque gentiment de lui-même et des héros (séduisants et invincibles!) de son livre et d’autres livres de l’époque. Le texte est d’abord destiné à distraire… Mais, peu à peu, apparaissent des réflexions très profondes : sur la vie, l’humanité, le passé, le présent, le futur ? Le livre est paru en 1970… et, pour moi, il n’a pas pris une ride!

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Tandrède d’Anaor – Les Normands de Sicile / Viviane MOORE

1 : Le peuple du vent

« Le soleil allait bientôt atteindre le rebord du monde, abandonnant la lande à la nuit et au silence. À cette heure, plus personne ne marchait sur le mauvais chemin reliant Coutances à l’abbaye de Lessay. Pèlerins et colporteurs savaient les dangers de ces étendues creusées de mares aussi profondes que des lacs, sillonnées de pistes qui ne menaient nulle part ailleurs qu’au cœur de la brume.
Le jeune berger accéléra le pas, distribuant des coups de bâton à ses moutons. Les bêtes ne protestèrent pas, elles semblaient aussi pressées que leur maître de regagner l’enclos. Au loin, apparaissaient les ailes du moulin de Pirou. Sur la plaine aux reflets violines les ombres s’allongeaient. 
Ici, disaient les vieux, le ciel s’obscurcissait plus vite qu’ailleurs. La nuit, il n’y avait que la mer pour rivaliser de noirceur avec la lande. 
L’enfant jeta autour de lui un regard affolé. Il voyait déjà les « goubelins » des récits de veillées le noyer dans un trou menant tout droit aux enfers et à ses spectres.
Des sarcelles s’envolèrent, le faisant sursauter. Il s’immobilisa, le cœur battant, et ne mit pas longtemps à comprendre ce qui avait délogé les oiseaux. Le sol tremblait sous ses pieds nus et un sourd grondement emplissait le ciel. Les moutons se dispersèrent. Les jambes de l’enfant se dérobèrent sous lui et il tomba à genoux. 
Les cavaliers jaillirent de la brume. Vêtus d’amples manteaux noirs à capuches dont les pans se soulevaient derrière eux comme des ailes de corbeaux, ils montaient des destriers scintillants d’argent. Le gamin se couvrit la tête de ses mains, priant Notre-Dame de la Lande de le sauver.
Il se sentit soulevé de terre. Une voix caverneuse résonna à ses oreilles. Il se débattit, ruant des jambes et des bras puis le monde s’effaça. Il s’était évanoui. 
Il raconta plus tard qu’il avait été enlevé par des diables aux yeux pâles. Sous leurs manteaux, leurs corps étaient faits d’écailles d’or et d’argent. À leurs ceintures étaient passées d’immenses lames courbes à la garde recouvertes de pierres sanglantes. 
Leurs chevaux ne galopaient pas, ils volaient, indifférents aux dangers des marais. Ils étaient plus hauts et lourds que des chênes, plus noirs que la nuit. »

Pirou, château-fort accroché au rivage du duché de Normandie, n’aurait dû être qu’une brève étape du périple de Tancrède et de son maître Hugues de Tarse. Mais en ce mois de septembre 1155, alors qu’un froid terrible s’abat sur le Cotentin, la Mort s’invite dans la citadelle. Le haut-mal en est-il seul responsable ? Ou la passion secrète de Bjorn, le pêcheur, pour la maîtresse des lieux ? Ou ce cavalier noir qui rôde sur les grèves ? 
Pris dans les remous des passions, des haines et de la peur qui règnent dans la forteresse, Tancrède découvrira-t-il le secret de ses origines ? Verra-t-il se réaliser la prophétie de l’inquiétant moine rencontré sur la lande de Lessay : « Vous irez loin, fort loin, messire Tancrède. Par terre et par mer, vers des pays où l’on parle d’autres langues que la nôtre, où l’or et l’argent tapissent les murs, où les femmes sont si belles qu’on les enferme, vous serez prince parmi les princes, et mendiant aussi… »

2 : Les guerriers fauves

« Il y a des chemins qu’on ne devrait jamais prendre, des gestes qu’on ne devrait jamais faire, des paroles qu’on ne devrait jamais prononcer… 
Il regarda sa main. Ses doigts tremblaient. Il lâcha le couteau. Le tremblement passa à son corps tout entier. Un tremblement incontrôlable. Il aurait voulu crier, au lieu de ça, il gémit. Un gémissement de bête blessé. Il aurait voulu pleurer, mais il ne savait plus. Il s’était caché dans une maison en ruine envahie par le lierre. Des rats s’étaient enfuis à son approche, leurs cris aigus résonnant dans l’enfilade de pièces noyées dans les ténèbres. La peur était là qui rôdait. Plus redoutable que la Mort. À la fois en lui et en dehors de lui. Ombre sur les murs rongés de salpêtre, sur les portes branlantes et les volets disjoints.

Des images de douleur l’assaillirent. Soudain un bruit de pas tout proche. L’homme se figea. Quelqu’un était entré dans la maison. La porte de la pièce où il se dissimulait s’ouvrit d’un coup, laissant un rai de lumière grise s’étirer presque jusqu’au corps sans vie qui gisait à ses pieds. 
Un soldat se tenait dans l’encadrement. De là où il était, l’homme dissimulé dans la pénombre apercevait sa broigne de cuir sombre et la lance qu’il tenait à la main. 
– Il y a quelqu’un là-dedans ? fit le soldat avant de répondre à l’un de ses camarades qui l’interpellait : 
– J’te dis que j’ai entendu du bruit. 
Il s’avança un peu, essayant de percer la pénombre des yeux. Dehors, ses camarades s’impatientaient. Le sergent grogna. La patrouille devait rentrer à la prévôté. 
Le soldat était partagé entre l’envie d’aller de l’avant et celle de faire demi-tour. Désir d’oublier le soir qui venait, le froid, la fatigue et les colères du prévôt. 
Une longue lame souillée de sang s’éleva dans l’obscurité, un couteau prêt à frapper… »

Nous sommes en avril 1156 à Barfleur, six mois après le tumultueux séjour de Tancrède et de son maître Hugues de Tarse au château de Pirou. 
Alors qu’une mystérieuse série de meurtres d’enfants sème la terreur dans le port, Hugues et Tancrède embarquent sur un navire de guerre normand. À bord de l’esnèque, qui navigue de concert avec un navire marchand, se trouve un trésor, offert par Henri II Plantagenêt à Guillaume 1er de Sicile. Cette précieuse cargaison est sous la garde de Magnus le noir et de ses guerriers fauves, une élite de combat réputée autant pour son efficacité que pour la cruauté de ses hommes.
Gagner la Méditerranée par voie de mer depuis le Cotentin est un long et périlleux voyage. Des mois de cabotage entre îles et ports, embouchures de fleuves et de rivières… Des Anglo-Normandes à La Rochelle et à Talmont en passant par la Bretagne… Des mois, surtout, de vie en mer pour Tancrède et son maître. 
À bord, se trouvent des hommes tels que Giovanni della Luna, un marchand lombard, un pèlerin de saint Jacques, un moine copiste, un géographe sicilien ou l’ambigu Bartolomeo d’Avellino, le cavalier noir plusieurs fois croisé dans LE PEUPLE DU VENT. Une seule femme est du voyage, la jeune et érudite Eleonor de Fierville qui doit épouser à Palerme un homme qu’elle n’a jamais vu : le comte de Marsico.

Embuscades aux escales, tempêtes, récifs, attaques de pirates, les dangers ne manquent pas tout au long de ce périple, sans compter ceux qui couvent à bord des deux navires. Car quand un mousse est retrouvé mort, la peau gravée des mêmes lettres de sang que les jeunes victimes de Barfleur, aucun doute n’est possible : le tueur d’enfants est du voyage. Pourtant, rien, pas même les redoutables guerriers fauves, ne pourra empêcher Hugues de Tarse de mener son protégé jusqu’aux portes de l’Orient, ce détroit de Gibraltar après lequel le mystère des origines de Tancrède prendra tout son sens…

3 : La nef des damnés

« Certains bateaux comme certains lieux sont à part. On ne peut les regarder sans ressentir un indicible malaise. Ce n’est pas le bois dont ils sont faits ni leur forme ni leur voilure, c’est quelque chose d’autre, de plus immatériel. 
Le paro vert pâle était de ceux-là. Ancien navire d’escorte chargé de protéger les galères marchandes entre Méditerranée et Angleterre, rescapé d’un naufrage dans l’estuaire de la Gironde il était devenu l’embarcation de pirates, des hommes sans pitié qui écumaient les côtes de l’Atlantique. 
La première chose que leur chef, le Diable de la Seudre, avait décidée en s’en emparant, était de le teindre afin que nul ne le remarque. Coque, voile, cordages, il était d’un vert si délavé qu’il se confondait avec les eaux des marais, des rivières et des fleuves où il s’embusquait pour surprendre ses proies. 
Quand on montait à son bord, le malaise se transformait en angoisse. On comprenait que le paro était maudit. Trop de cris d’agonie avaient retenti sur son pont que souillaient encore d’indélébiles traces brunâtres. L’équipage était damné et le navire, comme ses maîtres, faisaient route vers l’Enfer. »

La Sicile et Syracuse sont au bout du voyage quand débute ce troisième volet de la Saga de Tancrède. 
Mais en ce printemps 1156, la Méditerranée recèle bien des dangers. Tempêtes, pirates barbaresques, feu grégeois, les pires obstacles se dressent devant les deux navires normands partis des semaines plus tôt de Barfleur. 
Après avoir franchi Gibraltar, faits escale dans la mystérieuse baie de Cales Coves à Minorque, ils jetteront l’ancre au large de Toulon, près du rivage de l’île de Cabo Ros (île du Levant). Des parages dangereux où les Sarrasins se croient encore les maîtres. Au nord-est de l’île, sur un éperon rocheux battu par les vagues, se dressent les contreforts d’une abbaye cistercienne. Singulière forteresse où vivent dans le plus grand isolement, une douzaine de moines et leur abbé. 
Un abri et un lieu d’aiguade pour Tancrède d’Anaor, Hugues de Tarse, Eleonor de Fierville et leurs compagnons… s’il n’y avaient le mystère de ces tombes trop récentes, ce frère infirmier que les secrets du corps humain fascinent plus que la vie de ses patients, cette « voix » qui tue, ce cadavre à demi dévoré sur une grève…
Mais les pièges les plus redoutables ne sont pas les plus visibles. Un navire rôde alentour, menaçant, inquiétant, à l’image de celui qui le dirige et qui se fait appeler « Le Diable de la Seudre ». Un homme qui ne vit plus que pour voir périr dans d’atroces souffrances ses ennemis les Normands.

4 : Le hors-venu

« Mes yeux s’étaient accoutumés à la nuit, au froid et à l’humidité du cachot, pourtant, plus les jours passaient plus il me semblait que murs et plafond se resserraient. L’obscurité et la faim ne représentaient rien en comparaison de cette mort lente, de ce sentiment d’ensevelissement qui me gagnait. Enterré vivant, ma seule issue était la mort. Une mort que je ne pouvais pas me donner, juste attendre qu’elle eût raison de moi. C’est du moins ce que je pensais avant ma rencontre avec l’araignée. 
C’était une tarentule noire tâchée de rouge. Une araignée venimeuse, de celles dont le poison fait danser la tarentelle à ses victimes… Pourtant, je n’essayais pas de la tuer, songeant que sa morsure serait peut-être un jour une délivrance. »

En ce mois de juin 1156, quand commence le quatrième épisode de La Saga de Tancrède le Normand, les prisons de Palerme résonnent de cris de souffrance et d’agonie. Les ennemis du royaume de Sicile sont légion, et le palais royal est en proie à une série de crimes mystérieux. C’est pourtant le moment que choisit Hugues de Tarse pour présenter son protégé à la cour, et c’est en enquêtant dans cette ville dans la ville qu’est le palais de Palerme, ses jardins enchanteurs, son harem envoutant où ses geôles sordides que le jeune Tancrède d’Anaor va prendre, au péril de sa vie, la mesure de l’enjeu politique que représente son illustre lignée. 
Mais Eléonor de Fierville est prisonnière, et l’inquiétante silhouette du chevalier noir jamais loin. Par amour pour la première et par haine pour le second, Hugues va arriver à un tournant de sa tumultueuse existence. Et il se pourrait bien, s’il y survit, que pour Tancrède, la fin de cette aventure soit un nouveau commencement.

5 : Le sang des ombres

« Les pieds en sang, les jambes griffées par les ronces, les deux filles couraient droit devant elles. Celle de tête, elle s’appelait Emma et venait d’avoir douze ans, plus résistante que sa compagne, arriva la première à la rivière. Elle avait si peur qu’elle en avait la nausée. Elle se retourna pour jeter un regard désespéré à sa compagne, qui, le souffle court, l’avait rejoint. Elles ne parlaient pas la même langue, ne croyaient pas dans le même dieu, pourtant, quand, dans les collines, retentit le son du cor, bientôt suivi d’aboiements féroces, leurs mains se cherchèrent et elles s’étreignirent… »

Quand, en l’été 1156, débute ce cinquième épisode de la Saga de Tancrède le Normand, des siècles ont passé depuis la domination des Grecs et des Romains, mais les étendues sauvages de l’intérieur de la Sicile sont restées inchangées. C’est dans ce pays de légendes, entre villa romaine et temples grecs, qu’est découvert le cadavre atrocement mutilé d’une servante. La « bête », homme ou démon, fait régner la terreur en s’attaquant aux filles et aux femmes qui ont la malchance de croiser son chemin. Pour la première fois de sa vie, Tancrède d’Anaor, le disciple de Hugues de Tarse, se trouve seul face au crime et doit, tout en se débattant dans les affres d’une passion tumultueuse, débusquer celui qui le défie. Il ne peut se douter que c’est bien plus que sa vie qu’il risque en se lançant dans la traque du monstre dont seul le sang des ombres peut apaiser la fureur…

6 : Les dieux dévoreurs

« Ce soir-là, les oies donnèrent l’alerte sans que personne, sauf le vieil homme, n’y prête attention. Leurs cris, leurs battements d’ailes, leur affolement, disaient assez l’imminence du danger, pourtant nul ne les écouta car le village était en fête. Malgré les protestations de son petit-fils, le patriarche refusa de regagner sa paillasse et s’assit sur son banc face à la cime enneigée de l’Etna. Pendant la nuit, les grondements réveillèrent les villageois qui sortirent effarés sur le pas de leurs portes. Les bêtes s’agitaient dans les étables et dans le ciel passaient des vols d’oiseaux qui fuyaient vers le détroit de Messine. Bientôt, de toute la Sicile, on aperçut les flammes rouges et les panaches de fumées noires que vomissait le volcan. Les habitants de Catane, de Syracuse, d’Agrigente et de bien d’autres villes se précipitaient dehors, regardant avec crainte celui qu’ils appelaient le Mongibello, ou tout simplement la Muntagna, la Montagne. 
Pour quelques-uns, elle était encore la demeure de Vulcain, l’antre où le dieu pratiquait la magie noire, pour la plupart, elle était le séjour de dieux qu’il valait mieux ne pas réveiller. Des dieux dévoreurs, comme il en abonde sur le pourtour de la mer intérieure, des dieux qui ont besoin du sang des hommes pour apaiser leur colère. »

En cette année 1160, l’Etna gronde et un terrible tremblement de terre ébranle la Sicile d’Est en Ouest. Alors que s’élabore un nouveau traité entre le doge de Venise et Maion de Bari, ces soubresauts de la nature seraient-ils les signes annonciateurs de bouleversements à venir ? Car l’on conspire dans les salles dérobées du palais de Palerme et c’est à la vie du trop puissant chancelier du roi Guillaume 1er que l’on en veut. 
Pris dans les mailles du complexe jeu politique du royaume chancelant des Normands de Sicile, pour la première fois de leur tumultueuse existence, Tancrède d’Anaor et son maître Hugues de Tarse se retrouvent chacun dans un camp ennemi. Trahisons, faux-semblants, rumeurs et assassinats, Hugues, dont l’amour qu’il partage avec Eleonor, son épouse, est mis à rude épreuve, est accusé de crime contre l’État. Et c’est un nouveau pan de la prophétie dont les termes jalonnent le destin de Tancrède qui se joue…

7 : A l’Orient du monde

« Je crois que j’ai enfin compris quel serait mon destin quand Rafik m’a désigné cette fleur épanouie sur le sol aride du désert syrien. Cette plante qu’il nommait rose de Jéricho, mais que les croisés appelaient « fleur de résurrection ». Cette fleur capable d’arracher ses racines aux sols qui ne pouvaient la nourrir puis, se rétractant, s’asséchant, se laissait porter par les vents jusqu’au lieu où enfin, elle pourrait refleurir. 
Étrange symbole que le Bédouin m’offrait là. 
N’avais-je pas, moi aussi, connu bien des paysages ? N’étais-je pas parti des confins de la verte Normandie pour la Méditerranée et la lointaine Sicile avant de jeter l’ancre à Saint-Syméon, le port d’Antioche ? N’essayais-je pas ici, au cœur des Etats latins d’Orient, de trouver enfin la terre qui me conviendrait, à moi, Tancrède d’Anaor ? »

La saga s’achève en 1163 dans la principauté d’Antioche, autre « territoire » normand conquis lors de la première croisade par Bohémond de Tarente. 
Prisonnier des geôles du sultan Noureddin, Tancrède nous fait pénétrer dans la vie et les intrigues de l’Orient du XIIe siècle. Un Orient dont les enjeux politiques, la bataille sanglante pour la conquête du littoral, la recherche de l’hégémonie maritime de Venise, de Gênes et de Pise, la puissance et la diplomatie de Byzance n’est pas sans annoncer notre monde moderne.
Nous vivons l’étonnante défaite de Noureddin dans la plaine de la Bocquée au pied du Krak des Chevaliers, nous mangeons à la table des princes d’Antioche, vibrons pour la quête de notre héros, tremblons devant ces cadavres au faciès tordu et regardons la belle Naïri, la princesse arménienne, avec les yeux de Tancrède avant de contempler comme Pline jadis, « à la quatrième voile de la nuit, tout à la fois le jour et la nuit » sur le mont Cassius.

http://www.vivianemoore.com/

 

Sept livres qu’on lit d’une traite avec le même bonheur…

Des héros vrais, pas trop parfaits, qu’on peut comprendre quand ils se trompent ou tombent en amour (parfois avec celle qu’il ne faut pas) ; une époque et des endroits peu connus, le tout bien documenté et expliqué ; des enquêtes sur des crimes ;  de l’amitié ; des aventures ; une écriture qui donne envie d’aller toujours plus loin – quel plaisir de lecture…

 

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Bonne Année 2012

Pratiquement tous les peuples de la Terre ont une fête de la lumière ou des lumières. Elle se place vers le moment de l’année où la nuit est la plus longue et où nos ancêtres craignaient de ne jamais voir réapparaître le soleil !

Dans notre monde moderne, nous célébrons la nouvelle Année, mais cet appel de notre cœur et de notre corps vers le soleil est inscrit en nous…

Je vous souhaite donc une bonne Année et qu’elle soit prodigue en beaux jours ensoleillés ainsi qu’en merveilleux moments de bonheur !

Ocyaran 🙂

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L’île des morts / Roger ZELAZNY

Au XXXIIe siècle, Francis Sandow est le doyen de l’humanité, le seul homme en vie à avoir connu le XXe siècle. Il est aussi l’une des cent plus grosses fortunes de la galaxie et l’un des vingt six Noms – l’avatar d’un dieu ancien, Shimbo de l’Arbre Noir.

Francis Sandow est un démiurge, un Faiseur de mondes. Aujourd’hui, il vit sur Terre Libre, un des univers qu’il a créé. Mais sa retraite est troublée par un mystérieux inconnu, qui possède le pouvoir de ressusciter tous ceux que Sandow a connu au cours des siècles. Parmi lesquels Kathy, son premier et unique amour… Rendez-vous est pris sur l’île des morts, ce lieu que Sandow a façonné jadis et qui échappe désormais à son contrôle…

L’auteur

Roger ZELAZNY est né à Euclid (Ohio, USA) le 13 mai 1937 et mort à Santa Fe (Nouveau-Mexique) le 14 juin 1995. Auteur de romans fantastiques et de science-fiction. Il a obtenu durant sa carrière 6 prix Hugo et 3 prix Nebula (il est intéressant de noter que Roger Zelazny a obtenu en 1966, le prix Hugo pour Toi, l’immortel à égalité avec le célèbre Dune de Franck Herbert).

Il commence à écrire en 1954, essentiellement des nouvelles et des poèmes. Son œuvre est fortement teintée d’influences mythologiques celtiques, nordiques et orientales.

 

J’aime bien les livres de ZELAZNY, ses héros sont à la fois tout-puissants et un peu paumés et ils se moquent parfois d’eux-mêmes. L’humour noir de l’auteur et certains détails un peu désuets (par ex. Francis Sandow porte des boutons de manchette) donnent un effet un peu « décalé » par rapport à l’époque où est censée se passer l’action.

Je précise que la traduction est d’Alain Dorémieux car, à mon avis, il ajoute sa couleur au texte de Zelazny.

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