Archives de Tag: Chevalerie

Le chien de guerre et la douleur du monde / Michael Moorcock

« J’avais acquis une certaine renommée et gagné un surnom dont on usait parfois : Krieghund. On disait que j’étais né pour la guerre… »

Quatrième de couverture :

1631 ; l’Allemagne est à feu et à sang. Au lendemain du sac de Magdebourg, le Graf Ulrich von Bek, capitaine de mercenaires, abandonne ses hommes pour se réfugier dans les profondeurs de la forêt de Thuringe. Une étrange et redoutable révélation l’y attend.

C’est un pacte qui va sceller le destin du « Chien de guerre », un pacte diabolique puisque Lucifer en est l’artisan. Dès lors, pour son salut, pour le salut de celle qu’il aime, pour le salut d’un monde que déchire la folie sanguinaire, von Bek se met en quête.
Une quête où beaucoup ont échoué. Une quête qui l’entraîne dans l’ailleurs entre les mondes et peut-être jusqu’aux portes du Paradis. Une descente aux enfers aussi, car le royaume des Ténèbres est souvent plus proche qu’on ne croit.
Flamboyante épopée fantastique et baroque, voici le premier livre de VON BEK.

 

Extrait :

« C’était en cette année, où la vogue de la cruauté exigeait non seulement la crucifixion des jeunes paysans mais également celle de leurs animaux domestiques, que je fis la connaissance de Lucifer et que je fus conduit en enfer ; car le prince des Ténèbres souhaitait conclure un marché avec moi. »

 

Mon avis :

Situé dans une époque troublée par les guerres de religions, ce roman met en scène une improbable rencontre entre Von Bek, un capitaine de mercenaires désenchanté et Lucifer, l’ange déchu qui est appelé Satan depuis sa chute… Von Bek accepte de partir à la recherche du Graal pour le compte de Lucifer. On entre de plain-pied dans cette histoire et on est emporté au rythme des aventures de Von Bek. Un des bouquins que je relis régulièrement avec le même plaisir que la première fois…

 

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Classé dans Littérature anglaise

Le livre des choses perdues / John Connolly

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« Car il y a en chaque enfant un adulte en devenir, et en chaque adulte l’enfant qu’il fut. »

Inconsolable depuis la mort de sa mère, David, 12 ans, se réfugie dans les livres pour fuir le remariage de son père et se consoler de la naissance de Georgie, son demi-frère. Un jour, il découvre un trou caché derrière des buissons, au fond du jardin, et se retrouve propulsé dans un univers parallèle, un monde étrange et hostile peuplé de trolls, de sires loups, de créatures hybrides, mi-hommes mi-animaux, et d’autres personnages issus de ses lectures et de son imaginaire… Grâce à l’aide du Garde-Forestier et de Roland, un preux chevalier, il va, après bien des épreuves – combats, énigmes à résoudre… – rencontrer un vieux roi qui conserve ses secrets dans un volume mystérieux, « Le Livre des choses perdues »…

 

Un coup de coeur pour ce conte : la quête initiatique d’un jeune garçon dans un monde imaginaire à la fois tendre et cruel comme la vie. Tout cela raconté par John Connolly, l’homme à la plume magique…
Merci Mr. Connolly, de nous emmener dans vos mondes

Passionnément

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Classé dans Littérature anglaise (Irlande)

Cavalier Vert / Kristen BRITAIN

1 : Cavalier Vert

2 : La première cavalière

3 : Le tombeau du roi suprême

4 : Le voile noir

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Karigan G’ladheon, jeune fille éprise d’aventure, s’enfuit après avoir été exclue de son école pour avoir défié en duel le fils d’un gouverneur de province.

Elle croise alors un Cavalier Vert, l’un des légendaires messagers du roi qui lui demande dans un dernier souffle de porter un message à son souverain. Sans même prendre connaissance de la missive, elle fait le serment de la remettre en mains propres, scellant ainsi son destin, car elle est soudain magiquement investie de la mission qu’elle vient d’accepter : devenir un Cavalier Vert.
Dès lors, traquée par des assassins au service d’un mystérieux sorcier, Karigan ne peut compter que sur sa fidèle monture et les mystérieux pouvoirs qu’elle va se découvrir…

 

Ces livres sont vraiment captivants. Je ne m’attendais pas à cela car je croyais avoir fait le tour de ce genre de Fantasy, j’ai hésité, puis je l’ai acheté, je ne le regrette pas car j’ai passé un bon moment! Malgré certaines références (on sent bien que l’auteur a lu «  Les Hérauts de Valdemar ») c’est original et bien ficelé…

Maintenant, ce que j’ai moins aimé, c’est que l’éditeur vendait le tout en version numérique pour une « Intégrale » et que cette série n’est pas finie du tout, le dernier épisode appelle vraiment une suite… qui est annoncée sur le site de l’auteur pour mai 2014 (VO) !

http://www.kristenbritain.com

Voici le texte auquel j’ai fait confiance :

ATTENTION ÉVÈNEMENT : Du 17/07/2013 au 21/08/2013Cavalier vert intégrale

Découvrez les Intégrales Bragelonne !

Des séries complètes en numérique pour une durée limitée et à prix canon !

Cette édition exclusive numérique contient les ouvrages suivants :

Cavalier Vert – Cavalier Vert, Tome 1 (2008)

La Première Cavalière – Cavalier Vert, Tome 2 (2008)

Le Tombeau du roi suprême – Cavalier Vert, Tome 3 (2009)

Le Voile Noir – Cavalier Vert, Tome 4 (2011)

 

Le moins qu’on puisse dire est que c’est incompréhensible…

Enfin, j’attends maintenant la suite avec impatience, car ces livres m’ont vraiment plu ! Et ces intégrales numériques sont une très bonne idée… encore faudrait-il qu’elles soient complètes  😉

De très belles couvertures dues à Keith Parkinson (1 & 2) et à Donato Giancola (3 & 4)

passionement

 

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Classé dans Littérature américaine (USA)

Les Dames du Lac & Les Brumes d’Avalon / Marion Zimmer Bradley

Bradley Dames Lac 1Bradley Dames Lac 2La légende du Roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde n’avait, depuis longtemps, inspiré un roman d’une telle envergure, d’un pareil souffle. Et, pour la première fois, ce drame épique nous est conté par une femme à travers le destin de ses principales héroïnes.

Bien sûr, Merlin l’Enchanteur, Arthur et son invincible épée Excalibur, Lancelot du Lac et ses vaillants compagnons, tous sont présents mais ce sont ici les femmes, exceptionnellement attachantes, qui tiennent les premiers rôles : Viviane, la Dame du Lac, grande prêtresse d’Avalon, Ygerne, duchesse de Cornouailles et mère d’Arthur, son épouse Guenièvre, Morgane la fée, sœur et amante du grand roi…

Eternelle histoire d’amour et de mort, vécue et ressentie intensément par celles sans lesquelles l’exaltante aventure des chevaliers de la Table Ronde, opposant forces du mal et hommes de bonne volonté, n’aurait jamais existé.

 

Quelle merveille que ce livre, où l’auteur donne la voix aux femmes et saisit très bien l’ambivalence des sentiments humains… : l’amour, l’amitié… l’amour, la haine… où est la différence ? l’un devenant parfois l’autre… les personnages en sont humains et « vrais ».

Je viens de le relire après plus de dix ans et sa magie a de nouveau opéré : on s’identifie de suite aux héroïnes ou aux héros (chacun le sien, selon ce que l’on est…) et on plonge dans l’histoire…

J’aurai voulu le lire dans une nouvelle traduction car, d’après plusieurs sources, il semble que le texte ait été tronqué ou modifié. Tel quel, il reste très beau avec une poésie tout à fait particulière à Marion Zimmer Bradley, partie trop tôt, peut-être en Avalon, qui sait ?

Merci à elle, à travers le Temps…

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Avalon / Cycle d’Avalon

C’est en fait au départ un roman unique, The Mists of Avalon (1983) traduit en France en deux volumes, et dont Bradley a développé l’univers par la suite dans d’autres romans, souvent en collaboration avec d’autres auteurs.

VF en 2 volumes (même découpage en Pygmalion grand format et en Livre de poche ; attention : à ce qu’il semble, le texte original a subi quelques « adaptations » dans la VF, notamment des passages tronqués) :

1. Les dames du Lac (Les dames du Lac, I)

2. Les brumes d’Avalon (Les dames du lac, II)

Les préquelles :

Ces romans se déroulent avant ceux de Mists of Avalon. Ils sont listés ici par ordre chronologique des événements.

– Ancestors of Avalon, 2004, écrit par Diana L. Paxson d’après les notes de Bradley / Les Ancêtres d’Avalon

– The Forest House, 1994 / La colline du dernier adieu

– The Lady of Avalon, 1997 (avec Diana L. Paxson) / Le secret d’Avalon

– Priestess of Avalon, 2001 (avec Diana L. Paxson) / La prêtresse d’Avalon

http://www.cof.ens.fr/sftheque/listescycles/bradley.html

 

PROLOGUE de « Les Dames du Lac »

Morgane parle…

« Jadis on m’a donné les noms les plus divers : ceux de sœur, d’amante, de prêtresse, de mage et de reine. Aujourd’hui, le temps de la sagesse venu pour moi, je pense proche le jour où ces choses devront être connues. Mais à dire la vérité, la vérité toute simple, je pense que ce sont les chrétiens qui raconteront la fin de l’histoire ; en effet, le monde des Fées se sépare à jamais du monde où le Christ règne en maître. Je n’ai rien contre le Christ, mais seulement contre ses prêtres, qui appellent démon la Grande Déesse et lui dénient tout pouvoir ici-bas. Au mieux, disent-ils, sa puissance lui vient de Satan, ou bien encore la revêtent-ils de la robe bleue de la Dame de Nazareth, prétendant de surcroît qu’elle fut toujours vierge. Or que peut donc savoir une vierge des douleurs et des larmes de l’humanité ?

C’est pourquoi maintenant, maintenant que le monde a tant changé et qu’Arthur, mon frère, mon amant – qui fut roi et qui le restera à jamais – repose, mort (endormi, dit-on), dans l’Ile Sacrée d’Avalon, cette histoire doit être contée telle qu’elle se déroula vraiment, avant que les prêtres du Christ Blanc ne l’effacent pour toujours avec leurs saints et leurs légendes.

Oui, je le dis, le monde a changé. Il n’y a pas si longtemps encore, un voyageur, s’il en avait le désir et connaissait quelque peu les secrets, pouvait guider sa barge dans la Mer d’Eté et accoster non pas sur le rivage de Glastonbury, l’île chrétienne des Moines, mais sur celui plus lointain de l’Ile Sacrée d’Avalon. En ce temps-là, en effet, les routes conduisant d’un monde à l’autre se croisaient dans les brumes et pouvaient s’entrouvrir au gré des pensées et des désirs de chacun. Oui, en ce temps-là, existait un grand secret, accessible à tous les hommes doués de connaissance, qui savaient que le monde, chaque jour renouvelé, ne peut se bâtir et survivre que spirituellement.

Aujourd’hui, hélas ! les Chrétiens et leurs prêtres, jugeant que cette réalité empiète sur les pouvoirs de leur Dieu, unique créateur d’un monde immuable, ont refermé ces portes – qui n’existaient que dans l’esprit des hommes. C’est pourquoi les chemins ne mènent plus qu’à l’Ile des Moines qui étouffent et voilent, avec leurs cloches et leurs églises, d’autres voix, d’autres échos réfugiés désormais au-delà des brumes, aux confins de ce qu’ils appellent les ténèbres de l’enfer.

J’ignore tout de ce que ce Dieu, leur Dieu, peut, ou non, avoir créé. En dépit de tout ce que l’on dit, je n’ai jamais su grand-chose de leurs prêtres, et n’ai jamais porté la robe noire d’une de leurs nonnes-esclaves. Si ceux qui vivent à la cour d’Arthur, à Camelot, ont cru devoir m’identifier à l’une d’elles sous prétexte que je portais là-bas la robe sombre d’Avalon, eh bien, qu’ils restent dans l’erreur. Je me garderai bien de les décevoir, ce qui d’ailleurs aurait été périlleux à la fin du règne d’Arthur. Sans doute ai-je baissé la tête comme jamais n’aurait accepté de le faire Viviane, la Dame du Lac, ma vénérée maîtresse, jadis la plus grande et fidèle amie d’Arthur, devenue ensuite, comme moi, l’une de ses pires ennemies. Mais qu’importe. Aujourd’hui, la querelle est éteinte. Je peux enfin pleurer Arthur qui repose, mort, non pas comme mon ennemi et l’ennemi de ma Déesse, mais seulement comme mon frère – seulement comme un homme mort ayant besoin de toute l’aide de la Mère Suprême, comme tous les hommes en ont besoin un jour. Les prêtres eux-mêmes savent cela, avec leur Vierge Marie dans sa robe bleue, car elle aussi, à l’heure de la mort, devient la Mère Eternelle.

Ainsi Arthur repose-t-il enfin. Je ne suis plus pour lui ni une sœur ni une amante, ni une ennemie, mais seulement, et pour toujours, la Dame du Lac. La Mère Eternelle veille sur lui désormais. Qu’il retourne en son sein, comme tous les hommes, un jour, finissent par retourner vers Elle. Peut-être, tandis que je guidais la barge qui l’emportait, non pas cette fois vers l’Ile des Moines, mais vers le seul, l’unique rivage de vérité, celui de l’Ile Sacrée d’Avalon qui s’estompe et s’éloigne là-bas de notre monde visible, peut-être Arthur s’est-il repenti de la cruelle inimitié qui nous a séparés. Peut-être…

En relatant cette histoire, il m’arrivera sans doute de faire allusion à des événements survenus en mon absence ou lorsque j’étais trop jeune pour les comprendre. Certains donc douteront de leur authenticité, en ironisant sur mes prétendus dons magiques. Or je ne peux changer la vérité. Oui, je l’affirme hautement, j’ai, dès mon plus jeune âge, reçu le don de vision, celui d’entrevoir, comme s’ils se déroulaient devant moi, des événements proches ou lointains, de me glisser dans les pensées les plus intimes des humains et c’est justement la raison pour laquelle je puis aujourd’hui raconter cette histoire.

Un jour viendra sans doute où les prêtres aussi voudront la dire telle qu’ils l’auront comprise. Alors peut-être, entre les deux récits, une parcelle de vérité finira-t-elle par s’imposer d’elle-même.

Car il y a une chose que les prêtres ignorent, avec leur Dieu unique, leur Vérité unique : c’est qu’une histoire véridique n’existe pas. La vérité a plusieurs visages. Elle ressemble à l’ancienne route d’Avalon : elle dépend de notre volonté, de nos pensées, du but vers lequel nous tendons, de celui où l’on finit par arriver, dans l’Ile d’Eternité ou bien dans celle des chrétiens avec leurs cloches et leur mort, leurs mensonges sur Satan, l’Enfer et la damnation… Mais peut-être suis-je finalement injuste à leur égard ! Même la Dame du Lac, qui comparait la langue de certains prêtres à celle de la plus venimeuse des vipères, me reprocha un jour d’avoir mal parlé de leur Dieu.

– Tous les Dieux ne sont qu’un -, me dit-elle alors, comme je l’ai moi-même enseigné maintes fois à mes propres novices, et comme le répétera chacune des prêtresses qui viendront après moi ; oui, toutes les Déesses ne sont qu’une, et il n’y a qu’un seul et unique Initiateur. Chaque homme possède sa propre vérité et Dieu se trouve dans chacune d’entre elles.

Ainsi, la Vérité elle-même oscille-t-elle entre la route de l’Ile des Moines et celle d’Avalon, qui s’enfonce de plus en plus dans les brumes de la Mer d’Eté.

Telle est ma vérité, la vérité de Morgane, celle qu’on appelait, dans les temps qui s’éloignent irrémédiablement, la Fée Morgane. »

 

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Classé dans Littérature américaine (USA)

La trilogie de Phénix / Bernard SIMONAY

Quatrièmes de couverture :

1 : Phénix

Dorian et Solyane, frère et sœur jumeaux, vivent une jeunesse dorée entre les murs de la cité de Syrdahar, oasis survivant depuis des temps immémoriaux au milieu des Terres Bleues, un désert infranchissable où règnent la mort et la désolation. Jusqu’au jour où leur don de prémonition leur annonce la destruction imminente de la cité. Alors contraints de fuir, les deux enfants vont devoir traverser les Terres Bleues, première étape sur le chemin de la formidable aventure qui les attend. D’épreuves en sacrifices, leur quête les conduira aux quatre coins du monde à la rencontre de chevaliers et de prêtres énigmatiques. Mais surtout, ils devront combattre l’effroyable malédiction qui pèse sur eux, cet amour interdit qui les enchaîne irrémédiablement l’un à l’autre.

2 : Graal

Sous le règne de Dorian et Solyane, Gwondaleya connaît une ère de paix et de prospérité sans précédent. Mais une menace pèse sur le royaume, qui voit ses frontières attaquées par des hordes fanatiques surgies de nulle part ; dans les villes, d’inquiétants prêcheurs haranguent les foules tandis qu’un froid inexplicable s’abat sur le monde. Séparée de Dorian et de son fils Pelleas, parti mettre un terme aux agissements du monstre qui se cache sous le masque du Prophète, Solyane, victime d’un piège diabolique qui se referme peu à peu sur elle, aura-t-elle la force d’aller jusqu’au bout de sa quête fabuleuse, celle-là même que les légendes de jadis appelaient Graal ?

3 : La malédiction de la licorne

Nelvéa, la fille du couple mythique qui régnait sur Gwondaleya, est devenue la première femme chevalier et a pris pour emblème la Licorne. Mue par un appel irrésistible, elle se lance sur les traces de son père et s’enfonce dans les profondeurs de la forêt. Mais son aventure la mènera bien plus loin encore… D’épreuves en sacrifices, il lui faudra découvrir l’amour et la haine, lever la malédiction qui la poursuit et affronter ses propres démons avant de pouvoir enfin comprendre le véritable sens de sa quête. Aventure épique dans un décor qui mêle réel et imaginaire à la manière des romans de chevalerie, La malédiction de la Licorne est aussi le portrait d’une femme touchante, à la fois forte et fragile, à la recherche d’un passé enfoui qui lui révélera sa propre identité.

 

Extraits :

« Le jour, elles paraissent dormir, assoupies dans un sommeil minéral et tragique. Un vent chaud et sec souffle en permanence de leurs étendues désertiques. L’haleine des Génies, disent les paysans. Au soleil, leur couleur est indéfinissable. C’est une palette de gris, de bruns, de rouges qui se mêlent et s’entrecroisent, ponctués ça et là par la tache incandescente d’un affleurement de lave.
Rien n’y vit. Ni plantes ni animaux. Pas un chant d’oiseaux n’y fait vibrer l’air. C’est le royaume des dieux minéraux. Un royaume qui s’étend d’un bord à l’autre de l’horizon et que l’on ne peut franchir sans perdre sa vie et son âme.
La nuit, elles brillent d’une lumière étrange qui leur a valu leur nom. En été, les orages y font naître des apparitions fantastiques, effrayantes, illuminées d’éclairs éblouissants, comme si les dieux invisibles voulaient prendre corps.
De même, lorsque la neige s’installe en hiver, le désert diffuse encore une lueur obscure venue des entrailles de la terre. Il n’y fait jamais totalement nuit.
On les appelle les Terres Bleues.

Le monde s’arrêtait aux Terres Bleues. Un monde tout petit, refermé sur lui-même, prisonnier du désert sans vie, mais protégé par les forêts de la Ceinture. Sept collines aux pentes douces, couvertes d’arbres vigoureux et de taillis impénétrables, remparts inviolables au-delà des plaines cultivées. Au centre de ce paradis cerné par l’enfer s’étendait la ville: Syrdahar.
Du sommet de la Tour Haute, Solyane contemplait l’horizon bleuté, serrant très fort la main de Dorian lorsqu’un éclat de lumière inondait la roche lointaine d’une lueur aveuglante. Elle avait compris depuis longtemps que Syrdahar n’avait rien à redouter des génies qui vivaient là-bas mais elle frémissait toujours devant leurs impressionnantes manifestations lumineuses. Pourtant, malgré son angoisse, elle aimait ce spectacle dont la beauté irréelle la fascinait. Chaque soir, avant d’aller se coucher, elle montait ainsi sur le chemin de ronde accompagnée de son frère et de sa mère. Elle s’appuyait sur la roche taillée et contemplait le spectacle hallucinant. Jamais elle ne s’en lassait. De la ville montaient des parfums épicés, mêlés aux odeurs enivrantes des prés et aux senteurs aquatiques du lac. »

 

« – A l’origine, disait le prêtre, les dieux vivaient en bonne intelligence avec les humains, les Terres Bleues n’existaient pas alors. Une végétation luxuriante les recouvrait et ceci bien au-delà de l’horizon.
– Qui étaient ces dieux? demanda Dorian.
– Nul ne le sait. Il ne reste rien aujourd’hui qui permette de savoir quel était leur aspect, ni d’où ils venaient. La seule chose dont on soit sûr, c’est qu’ils nous ont apporté la connaissance. Dans leur grande sagesse, ils ont fait bénéficier les hommes des bienfaits qu’elle peut amener. Mais ceux-ci ont cru, dans leur orgueil démesuré, qu’ils seraient capables de contrôler la connaissance sans l’aide des dieux. Pourtant, il manquait à l’homme une qualité essentielle: la sagesse. Aussi pour nous punir, les dieux abandonnèrent-ils le monde, nous laissant seuls avec les bribes du savoir que nous leur avions dérobées. Cependant, la Connaissance peut engendrer autant de catastrophes que de bienfaits si elle est mal utilisée. La folie de l’homme amena sa propre destruction dans un embrasement gigantesque que l’on a appelé: le jour du soleil. Écoutez bien ce que dit le livre de Thallan :
« Ce fut comme si le soleil lui-même s’était posé sur le monde. Les villes brûlèrent et fondirent. Les hommes furent frappés de folie. Un souffle infernal anéantit les campagnes, bouleversa les plus hautes montagnes. Il n’y eut aucun endroit pour s’abriter. Le feu qui couvait dans les entrailles de la terre remonta et se répandit, enflammant comme des torches jusqu’aux navires les plus éloignés des côtes. L’eau des océans s’enfla et dévasta des pays entiers. Des raz de marée hauts comme des collines emportèrent ceux qui avaient survécu aux flammes.
L’homme disparut presque totalement de la surface du monde. Les survivants et leurs descendants connurent le chaos. La faim et la misère les ravalèrent peu à peu au rang des bêtes sauvages. La nuit avait étendu ses ailes immenses sur le monde.
Puis les dieux prirent les hommes en pitié. Ils leur refusèrent la lumière de leur présence mais confièrent à certains d’entre eux la tâche de relever la civilisation. A ces privilégiés ils confièrent une partie de la connaissance dont ils devaient garder les secrets. Ces privilégiés prirent le nom d’amanes. Seuls depuis des temps immémoriaux ils ont eu accès à la connaissance. »
Ainsi parle le livre de Thallan.
A l’origine, conclut Adelfius, un seul homme reçut des dieux la connaissance. Il s’appelait Kalkus de Rives. Vous ne devrez jamais oublier son nom. Il est notre maître à tous depuis plus de vingt siècles. Ainsi, seuls les amanes possédaient la connaissance. Le contenu même de ce mot restait un secret. Seuls les amanes en détenaient les clefs. »

Mon avis :

Un savant mélange d’Histoire du futur de la Terre et de Fantasy : L’histoire est située dans le temps, l’auteur nous offre même une chronologie et une carte, mais le cadre des aventures, la manière de vivre des personnages évoquent une époque médiévale « améliorée ».

De l’imagination à revendre et un suspense maîtrisé plus une belle histoire d’amour…

J’ai beaucoup aimé ! Merci, monsieur Simonay 🙂

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Tandrède d’Anaor – Les Normands de Sicile / Viviane MOORE

1 : Le peuple du vent

« Le soleil allait bientôt atteindre le rebord du monde, abandonnant la lande à la nuit et au silence. À cette heure, plus personne ne marchait sur le mauvais chemin reliant Coutances à l’abbaye de Lessay. Pèlerins et colporteurs savaient les dangers de ces étendues creusées de mares aussi profondes que des lacs, sillonnées de pistes qui ne menaient nulle part ailleurs qu’au cœur de la brume.
Le jeune berger accéléra le pas, distribuant des coups de bâton à ses moutons. Les bêtes ne protestèrent pas, elles semblaient aussi pressées que leur maître de regagner l’enclos. Au loin, apparaissaient les ailes du moulin de Pirou. Sur la plaine aux reflets violines les ombres s’allongeaient. 
Ici, disaient les vieux, le ciel s’obscurcissait plus vite qu’ailleurs. La nuit, il n’y avait que la mer pour rivaliser de noirceur avec la lande. 
L’enfant jeta autour de lui un regard affolé. Il voyait déjà les « goubelins » des récits de veillées le noyer dans un trou menant tout droit aux enfers et à ses spectres.
Des sarcelles s’envolèrent, le faisant sursauter. Il s’immobilisa, le cœur battant, et ne mit pas longtemps à comprendre ce qui avait délogé les oiseaux. Le sol tremblait sous ses pieds nus et un sourd grondement emplissait le ciel. Les moutons se dispersèrent. Les jambes de l’enfant se dérobèrent sous lui et il tomba à genoux. 
Les cavaliers jaillirent de la brume. Vêtus d’amples manteaux noirs à capuches dont les pans se soulevaient derrière eux comme des ailes de corbeaux, ils montaient des destriers scintillants d’argent. Le gamin se couvrit la tête de ses mains, priant Notre-Dame de la Lande de le sauver.
Il se sentit soulevé de terre. Une voix caverneuse résonna à ses oreilles. Il se débattit, ruant des jambes et des bras puis le monde s’effaça. Il s’était évanoui. 
Il raconta plus tard qu’il avait été enlevé par des diables aux yeux pâles. Sous leurs manteaux, leurs corps étaient faits d’écailles d’or et d’argent. À leurs ceintures étaient passées d’immenses lames courbes à la garde recouvertes de pierres sanglantes. 
Leurs chevaux ne galopaient pas, ils volaient, indifférents aux dangers des marais. Ils étaient plus hauts et lourds que des chênes, plus noirs que la nuit. »

Pirou, château-fort accroché au rivage du duché de Normandie, n’aurait dû être qu’une brève étape du périple de Tancrède et de son maître Hugues de Tarse. Mais en ce mois de septembre 1155, alors qu’un froid terrible s’abat sur le Cotentin, la Mort s’invite dans la citadelle. Le haut-mal en est-il seul responsable ? Ou la passion secrète de Bjorn, le pêcheur, pour la maîtresse des lieux ? Ou ce cavalier noir qui rôde sur les grèves ? 
Pris dans les remous des passions, des haines et de la peur qui règnent dans la forteresse, Tancrède découvrira-t-il le secret de ses origines ? Verra-t-il se réaliser la prophétie de l’inquiétant moine rencontré sur la lande de Lessay : « Vous irez loin, fort loin, messire Tancrède. Par terre et par mer, vers des pays où l’on parle d’autres langues que la nôtre, où l’or et l’argent tapissent les murs, où les femmes sont si belles qu’on les enferme, vous serez prince parmi les princes, et mendiant aussi… »

2 : Les guerriers fauves

« Il y a des chemins qu’on ne devrait jamais prendre, des gestes qu’on ne devrait jamais faire, des paroles qu’on ne devrait jamais prononcer… 
Il regarda sa main. Ses doigts tremblaient. Il lâcha le couteau. Le tremblement passa à son corps tout entier. Un tremblement incontrôlable. Il aurait voulu crier, au lieu de ça, il gémit. Un gémissement de bête blessé. Il aurait voulu pleurer, mais il ne savait plus. Il s’était caché dans une maison en ruine envahie par le lierre. Des rats s’étaient enfuis à son approche, leurs cris aigus résonnant dans l’enfilade de pièces noyées dans les ténèbres. La peur était là qui rôdait. Plus redoutable que la Mort. À la fois en lui et en dehors de lui. Ombre sur les murs rongés de salpêtre, sur les portes branlantes et les volets disjoints.

Des images de douleur l’assaillirent. Soudain un bruit de pas tout proche. L’homme se figea. Quelqu’un était entré dans la maison. La porte de la pièce où il se dissimulait s’ouvrit d’un coup, laissant un rai de lumière grise s’étirer presque jusqu’au corps sans vie qui gisait à ses pieds. 
Un soldat se tenait dans l’encadrement. De là où il était, l’homme dissimulé dans la pénombre apercevait sa broigne de cuir sombre et la lance qu’il tenait à la main. 
– Il y a quelqu’un là-dedans ? fit le soldat avant de répondre à l’un de ses camarades qui l’interpellait : 
– J’te dis que j’ai entendu du bruit. 
Il s’avança un peu, essayant de percer la pénombre des yeux. Dehors, ses camarades s’impatientaient. Le sergent grogna. La patrouille devait rentrer à la prévôté. 
Le soldat était partagé entre l’envie d’aller de l’avant et celle de faire demi-tour. Désir d’oublier le soir qui venait, le froid, la fatigue et les colères du prévôt. 
Une longue lame souillée de sang s’éleva dans l’obscurité, un couteau prêt à frapper… »

Nous sommes en avril 1156 à Barfleur, six mois après le tumultueux séjour de Tancrède et de son maître Hugues de Tarse au château de Pirou. 
Alors qu’une mystérieuse série de meurtres d’enfants sème la terreur dans le port, Hugues et Tancrède embarquent sur un navire de guerre normand. À bord de l’esnèque, qui navigue de concert avec un navire marchand, se trouve un trésor, offert par Henri II Plantagenêt à Guillaume 1er de Sicile. Cette précieuse cargaison est sous la garde de Magnus le noir et de ses guerriers fauves, une élite de combat réputée autant pour son efficacité que pour la cruauté de ses hommes.
Gagner la Méditerranée par voie de mer depuis le Cotentin est un long et périlleux voyage. Des mois de cabotage entre îles et ports, embouchures de fleuves et de rivières… Des Anglo-Normandes à La Rochelle et à Talmont en passant par la Bretagne… Des mois, surtout, de vie en mer pour Tancrède et son maître. 
À bord, se trouvent des hommes tels que Giovanni della Luna, un marchand lombard, un pèlerin de saint Jacques, un moine copiste, un géographe sicilien ou l’ambigu Bartolomeo d’Avellino, le cavalier noir plusieurs fois croisé dans LE PEUPLE DU VENT. Une seule femme est du voyage, la jeune et érudite Eleonor de Fierville qui doit épouser à Palerme un homme qu’elle n’a jamais vu : le comte de Marsico.

Embuscades aux escales, tempêtes, récifs, attaques de pirates, les dangers ne manquent pas tout au long de ce périple, sans compter ceux qui couvent à bord des deux navires. Car quand un mousse est retrouvé mort, la peau gravée des mêmes lettres de sang que les jeunes victimes de Barfleur, aucun doute n’est possible : le tueur d’enfants est du voyage. Pourtant, rien, pas même les redoutables guerriers fauves, ne pourra empêcher Hugues de Tarse de mener son protégé jusqu’aux portes de l’Orient, ce détroit de Gibraltar après lequel le mystère des origines de Tancrède prendra tout son sens…

3 : La nef des damnés

« Certains bateaux comme certains lieux sont à part. On ne peut les regarder sans ressentir un indicible malaise. Ce n’est pas le bois dont ils sont faits ni leur forme ni leur voilure, c’est quelque chose d’autre, de plus immatériel. 
Le paro vert pâle était de ceux-là. Ancien navire d’escorte chargé de protéger les galères marchandes entre Méditerranée et Angleterre, rescapé d’un naufrage dans l’estuaire de la Gironde il était devenu l’embarcation de pirates, des hommes sans pitié qui écumaient les côtes de l’Atlantique. 
La première chose que leur chef, le Diable de la Seudre, avait décidée en s’en emparant, était de le teindre afin que nul ne le remarque. Coque, voile, cordages, il était d’un vert si délavé qu’il se confondait avec les eaux des marais, des rivières et des fleuves où il s’embusquait pour surprendre ses proies. 
Quand on montait à son bord, le malaise se transformait en angoisse. On comprenait que le paro était maudit. Trop de cris d’agonie avaient retenti sur son pont que souillaient encore d’indélébiles traces brunâtres. L’équipage était damné et le navire, comme ses maîtres, faisaient route vers l’Enfer. »

La Sicile et Syracuse sont au bout du voyage quand débute ce troisième volet de la Saga de Tancrède. 
Mais en ce printemps 1156, la Méditerranée recèle bien des dangers. Tempêtes, pirates barbaresques, feu grégeois, les pires obstacles se dressent devant les deux navires normands partis des semaines plus tôt de Barfleur. 
Après avoir franchi Gibraltar, faits escale dans la mystérieuse baie de Cales Coves à Minorque, ils jetteront l’ancre au large de Toulon, près du rivage de l’île de Cabo Ros (île du Levant). Des parages dangereux où les Sarrasins se croient encore les maîtres. Au nord-est de l’île, sur un éperon rocheux battu par les vagues, se dressent les contreforts d’une abbaye cistercienne. Singulière forteresse où vivent dans le plus grand isolement, une douzaine de moines et leur abbé. 
Un abri et un lieu d’aiguade pour Tancrède d’Anaor, Hugues de Tarse, Eleonor de Fierville et leurs compagnons… s’il n’y avaient le mystère de ces tombes trop récentes, ce frère infirmier que les secrets du corps humain fascinent plus que la vie de ses patients, cette « voix » qui tue, ce cadavre à demi dévoré sur une grève…
Mais les pièges les plus redoutables ne sont pas les plus visibles. Un navire rôde alentour, menaçant, inquiétant, à l’image de celui qui le dirige et qui se fait appeler « Le Diable de la Seudre ». Un homme qui ne vit plus que pour voir périr dans d’atroces souffrances ses ennemis les Normands.

4 : Le hors-venu

« Mes yeux s’étaient accoutumés à la nuit, au froid et à l’humidité du cachot, pourtant, plus les jours passaient plus il me semblait que murs et plafond se resserraient. L’obscurité et la faim ne représentaient rien en comparaison de cette mort lente, de ce sentiment d’ensevelissement qui me gagnait. Enterré vivant, ma seule issue était la mort. Une mort que je ne pouvais pas me donner, juste attendre qu’elle eût raison de moi. C’est du moins ce que je pensais avant ma rencontre avec l’araignée. 
C’était une tarentule noire tâchée de rouge. Une araignée venimeuse, de celles dont le poison fait danser la tarentelle à ses victimes… Pourtant, je n’essayais pas de la tuer, songeant que sa morsure serait peut-être un jour une délivrance. »

En ce mois de juin 1156, quand commence le quatrième épisode de La Saga de Tancrède le Normand, les prisons de Palerme résonnent de cris de souffrance et d’agonie. Les ennemis du royaume de Sicile sont légion, et le palais royal est en proie à une série de crimes mystérieux. C’est pourtant le moment que choisit Hugues de Tarse pour présenter son protégé à la cour, et c’est en enquêtant dans cette ville dans la ville qu’est le palais de Palerme, ses jardins enchanteurs, son harem envoutant où ses geôles sordides que le jeune Tancrède d’Anaor va prendre, au péril de sa vie, la mesure de l’enjeu politique que représente son illustre lignée. 
Mais Eléonor de Fierville est prisonnière, et l’inquiétante silhouette du chevalier noir jamais loin. Par amour pour la première et par haine pour le second, Hugues va arriver à un tournant de sa tumultueuse existence. Et il se pourrait bien, s’il y survit, que pour Tancrède, la fin de cette aventure soit un nouveau commencement.

5 : Le sang des ombres

« Les pieds en sang, les jambes griffées par les ronces, les deux filles couraient droit devant elles. Celle de tête, elle s’appelait Emma et venait d’avoir douze ans, plus résistante que sa compagne, arriva la première à la rivière. Elle avait si peur qu’elle en avait la nausée. Elle se retourna pour jeter un regard désespéré à sa compagne, qui, le souffle court, l’avait rejoint. Elles ne parlaient pas la même langue, ne croyaient pas dans le même dieu, pourtant, quand, dans les collines, retentit le son du cor, bientôt suivi d’aboiements féroces, leurs mains se cherchèrent et elles s’étreignirent… »

Quand, en l’été 1156, débute ce cinquième épisode de la Saga de Tancrède le Normand, des siècles ont passé depuis la domination des Grecs et des Romains, mais les étendues sauvages de l’intérieur de la Sicile sont restées inchangées. C’est dans ce pays de légendes, entre villa romaine et temples grecs, qu’est découvert le cadavre atrocement mutilé d’une servante. La « bête », homme ou démon, fait régner la terreur en s’attaquant aux filles et aux femmes qui ont la malchance de croiser son chemin. Pour la première fois de sa vie, Tancrède d’Anaor, le disciple de Hugues de Tarse, se trouve seul face au crime et doit, tout en se débattant dans les affres d’une passion tumultueuse, débusquer celui qui le défie. Il ne peut se douter que c’est bien plus que sa vie qu’il risque en se lançant dans la traque du monstre dont seul le sang des ombres peut apaiser la fureur…

6 : Les dieux dévoreurs

« Ce soir-là, les oies donnèrent l’alerte sans que personne, sauf le vieil homme, n’y prête attention. Leurs cris, leurs battements d’ailes, leur affolement, disaient assez l’imminence du danger, pourtant nul ne les écouta car le village était en fête. Malgré les protestations de son petit-fils, le patriarche refusa de regagner sa paillasse et s’assit sur son banc face à la cime enneigée de l’Etna. Pendant la nuit, les grondements réveillèrent les villageois qui sortirent effarés sur le pas de leurs portes. Les bêtes s’agitaient dans les étables et dans le ciel passaient des vols d’oiseaux qui fuyaient vers le détroit de Messine. Bientôt, de toute la Sicile, on aperçut les flammes rouges et les panaches de fumées noires que vomissait le volcan. Les habitants de Catane, de Syracuse, d’Agrigente et de bien d’autres villes se précipitaient dehors, regardant avec crainte celui qu’ils appelaient le Mongibello, ou tout simplement la Muntagna, la Montagne. 
Pour quelques-uns, elle était encore la demeure de Vulcain, l’antre où le dieu pratiquait la magie noire, pour la plupart, elle était le séjour de dieux qu’il valait mieux ne pas réveiller. Des dieux dévoreurs, comme il en abonde sur le pourtour de la mer intérieure, des dieux qui ont besoin du sang des hommes pour apaiser leur colère. »

En cette année 1160, l’Etna gronde et un terrible tremblement de terre ébranle la Sicile d’Est en Ouest. Alors que s’élabore un nouveau traité entre le doge de Venise et Maion de Bari, ces soubresauts de la nature seraient-ils les signes annonciateurs de bouleversements à venir ? Car l’on conspire dans les salles dérobées du palais de Palerme et c’est à la vie du trop puissant chancelier du roi Guillaume 1er que l’on en veut. 
Pris dans les mailles du complexe jeu politique du royaume chancelant des Normands de Sicile, pour la première fois de leur tumultueuse existence, Tancrède d’Anaor et son maître Hugues de Tarse se retrouvent chacun dans un camp ennemi. Trahisons, faux-semblants, rumeurs et assassinats, Hugues, dont l’amour qu’il partage avec Eleonor, son épouse, est mis à rude épreuve, est accusé de crime contre l’État. Et c’est un nouveau pan de la prophétie dont les termes jalonnent le destin de Tancrède qui se joue…

7 : A l’Orient du monde

« Je crois que j’ai enfin compris quel serait mon destin quand Rafik m’a désigné cette fleur épanouie sur le sol aride du désert syrien. Cette plante qu’il nommait rose de Jéricho, mais que les croisés appelaient « fleur de résurrection ». Cette fleur capable d’arracher ses racines aux sols qui ne pouvaient la nourrir puis, se rétractant, s’asséchant, se laissait porter par les vents jusqu’au lieu où enfin, elle pourrait refleurir. 
Étrange symbole que le Bédouin m’offrait là. 
N’avais-je pas, moi aussi, connu bien des paysages ? N’étais-je pas parti des confins de la verte Normandie pour la Méditerranée et la lointaine Sicile avant de jeter l’ancre à Saint-Syméon, le port d’Antioche ? N’essayais-je pas ici, au cœur des Etats latins d’Orient, de trouver enfin la terre qui me conviendrait, à moi, Tancrède d’Anaor ? »

La saga s’achève en 1163 dans la principauté d’Antioche, autre « territoire » normand conquis lors de la première croisade par Bohémond de Tarente. 
Prisonnier des geôles du sultan Noureddin, Tancrède nous fait pénétrer dans la vie et les intrigues de l’Orient du XIIe siècle. Un Orient dont les enjeux politiques, la bataille sanglante pour la conquête du littoral, la recherche de l’hégémonie maritime de Venise, de Gênes et de Pise, la puissance et la diplomatie de Byzance n’est pas sans annoncer notre monde moderne.
Nous vivons l’étonnante défaite de Noureddin dans la plaine de la Bocquée au pied du Krak des Chevaliers, nous mangeons à la table des princes d’Antioche, vibrons pour la quête de notre héros, tremblons devant ces cadavres au faciès tordu et regardons la belle Naïri, la princesse arménienne, avec les yeux de Tancrède avant de contempler comme Pline jadis, « à la quatrième voile de la nuit, tout à la fois le jour et la nuit » sur le mont Cassius.

http://www.vivianemoore.com/

 

Sept livres qu’on lit d’une traite avec le même bonheur…

Des héros vrais, pas trop parfaits, qu’on peut comprendre quand ils se trompent ou tombent en amour (parfois avec celle qu’il ne faut pas) ; une époque et des endroits peu connus, le tout bien documenté et expliqué ; des enquêtes sur des crimes ;  de l’amitié ; des aventures ; une écriture qui donne envie d’aller toujours plus loin – quel plaisir de lecture…

 

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Classé dans Littérature française

Les croisés du cosmos / Poul ANDERSON

Messire de Tourneville s’apprêtait à rejoindre le bon roi Edouard guerroyant en France quand, à la stupeur générale, un fantastique engin volant atterrit près de son château, libérant toute une floppée de petits hommes bleus aux longues oreilles. « Sans doute des Sarrasins que ces maudits français auront ralliés à leur cause », songe le bon Roger qui les fait illico trucider.

Grâce au merveilleux char volant pris à l’ennemi, il ira libérer la Terre sainte. Mais trahison ! Au lieu de mettre obligeamment le cap sur Jérusalem, un otage détourne à travers les espaces intersidéraux nos preux chevaliers bardés de fer qui, s’ils ne comprennent pas grand-chose au film, n’en démontreront pas moins à toute la galaxie ce qu’un loyal sujet de la Couronne d’Angleterre peut faire avec une simple arbalète, un peu de ruse et beaucoup de vaillance !

 

Et voici comment Messire de Tourneville et ses chevaliers capturent un vaisseau spatial pour aller en Palestine délivrer Jérusalem, et se retrouvent sur une autre planète au fin fond de la galaxie où ils fonderont un empire rattaché à la couronne d’Angleterre… 

Ce bouquin est génial, il fallait y penser, vraiment, de faire prendre un vaisseau spatial par des chevaliers du Moyen Age ! 😉

Réédition Folio, avec une couverture enfin pas mal du tout…

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