Archives de Tag: Japon

La voix des vagues / Jackie Copleton

Quatrième de couverture :

Lorsqu’un homme horriblement défiguré frappe à la porte d’Amaterasu Takahashi et qu’il prétend être son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu est bouleversée. Elle aimerait tellement le croire, mais comment savoir s’il dit la vérité ?
Ce qu’elle sait c’est que sa fille et son petit-fils sont forcément morts le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki ; elle sait aussi qu’elle a fouillé sa ville en ruine à la recherche des siens pendant des semaines. Avec l’arrivée de cet homme, Amaterasu doit se replonger dans un passé douloureux dominé par le chagrin, la perte et le remord.
Elle qui a quitté son pays natal, le Japon, pour les États-Unis se remémore ce qu’elle a voulu oublier : son pays, sa jeunesse et sa relation compliquée avec sa fille. L’apparition de l’étranger sort Amaterasu de sa mélancolie et ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent les souvenirs qu’elle a laissés derrière elle …

 

Extraits :

« Endurance
L’anthropologue Ruth Benedict a un jour déclaré que le fondement de la culture japonaise est la honte et celui de la culture américaine, un certain sens du péché ou de la culpabilité. Dans une société dont la honte est la pierre d’achoppement, perdre la face équivaut à avoir un ego détruit. Par exemple, jadis, les guerriers samouraïs étaient des hommes fiers. Lorsqu’ils étaient trop pauvres pour se payer un repas, ils gardaient un cure-dent aux lèvres pour montrer aux yeux du monde qu’ils venaient de manger. »

« Le vent
Kaze : le vent aussi bien que la pluie sont plus que de simples phénomènes naturels pour les japonais. Il existait une ancienne croyance selon laquelle le vent était créé par les allées et venues de dieux invisibles. En conséquence chez les anciens, tous les vents, hormis les mauvais et les méchants, étaient littéralement -kamikaze- (vents divins) »

« Partager un parapluie
Al-ai-gasa : à l’époque féodale, hommes et femmes en relations intimes n’étaient pas censés se montrer proches l’un de l’autre en public, sans même parler de bras entrelacés ou de mains tenues. Une des rares occasions où ces gestes étaient permis étaient les jours de pluie, quand ils pouvaient jouir de l’intimité d’un parapluie partagé. En conséquence, si un homme proposait un parapluie à une femme, son geste était souvent interprété comme l’expression implicite de son amour pour elle. Depuis lors, un homme et une femme amoureux se décrivent comme partageant un parapluie. »

 

« Il n’existe pas de mot pour ce que nous avons entendu ce jour-là. Il ne doit jamais y en avoir. Donner un nom à ce son risquerait de signifier qu’il pourrait se reproduire. Quel terme serait à même de capturer les rugissements de tous les orages jamais entendus, tous les volcans, tsunamis et avalanches jamais vus en train de déchirer la terre et d’engloutir toutes les villes sous les flammes, les vagues, les vents? Ne trouvez jamais les termes adéquats capables de décrire une telle horreur de bruit ni le silence qui s’était ensuivi. »

 

Mon avis :

L’histoire d’une famille japonaise qui traverse l’Histoire de la seconde guerre mondiale. Le 9 août 1945 est la date fatidique où la Bombe va tomber sur Nagasaki. Et tout sera changé…
Un très beau premier roman : une belle écriture, des personnages vrais auxquels on s’attache, une approche que je pense juste de la culture japonaise, des sentiments éternels dans toutes les cultures…

A lire absolument!

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La trilogie japonaise / Viviane MOORE

Tokyo des ténèbres

Tokyo des ténèbres - MooreOn a jeté un corps dans la Sumida, cette rivière qui traverse Tokyo avant de se jeter dans son port marchand. La tête de la victime a été déposée sur le champ d’exécution des shoguns Tokugawa. Un terrain devenu, au XXème siècle, un parking d’autobus. La victime est un yakuza. D’autres suivront, des burakumin, ces non-humains rejetés par la société japonaise …

Le titre de ce livre est un hommage de l’auteur à un journaliste japonais qui se disait, au 19ème siècle, « l’étudiant de l’université de la pauvreté », Matsubara Iwagoro. Un des premiers enquêteurs à avoir osé explorer le monde des bas-fonds de la société japonaise.

« La nuit tombe et, avec elle, mes pas m’entraînent vers le monde des ténèbres. » 
MATSUBARA Iwagoro (1866-1935)

« Il était peintre… et mendiant. Il peignait l’eau. Où qu’il soit, il avait toujours peint l’eau, cet élément instable, fuyant. 
C’est lui qui, le premier, remarqua le cadavre. Il le scruta avec attention, non parce qu’il était surpris ou effrayé, mais parce que son métier de peintre lui avait appris à regarder. Le corps était celui d’un homme plutôt trapu, bras et jambes écartés, vêtements gonflés d’air, flottants autour de lui.

Des cris aigus lui firent lever la tête. Des mouettes tournoyaient dans le ciel au-dessus du pont. Elles étaient trois ou quatre, elles seraient bientôt des dizaines à escorter le mort jusqu’à la mer. Un bateau passa, fendant la rivière de son étrave. 
Le peintre prit son carnet de croquis et d’un trait, dessina la forme entrevue, à peine une ombre dans la mouvance de l’eau. 
L’homme n’avait pas de tête. 
Il était décapité, comme les condamnés de jadis, ceux qui traversaient le pont des Larmes avant d’être exécutés sur la terre de Kotsukappara, dans le quartier maudit de Sanya. Quelques siècles plus tard, celui-là glissait sous les ponts de Tokyo avant de s’enfoncer dans les eaux salées du port marchand.
Autrefois, songea le peintre, on exposait les têtes le long de la grande route Oshu-kaido qui conduisait vers le Nord. Il se demanda si l’assassin ferait de même. Un frisson remonta de ses reins jusqu’à sa nuque. Il essuya son pinceau et l’enroula dans un carré de tissu, puis il glissa son carnet dans sa poche, remit son chapeau de paille et fit demi-tour, de ce pas lent, un peu hésitant, qui était devenu le sien. »

Tokyo intramuros

Tokyo intramuros - MooreTokyo, an 2000… Jeune architecte de talent, Théo rêve de tours de métal, de téléports enjambant l’océan, s’ouvrant sur l’espace, explosant toutes les frontières. Et pourtant, les maisons de cartons, ultime refuge des exclus de la société japonaise, le fascinent… 
Poursuivi pour meurtres par l’inspecteur Tanaka, il s’y terre, cherchant sa vérité. Il se croit coupable, mais l’est-il vraiment ?

Exploration d’une phobie en même temps que du labyrinthe tokyoïte, Intramuros est un livre au suspense lent et inexorable, un livre qui se referme sur vous et vous entraîne à l’intérieur de l’autre. Quand la phobie se cogne aux parois, s’il n’existait d’infini que dans les limites d’un cube ?

« Les flics doivent me chercher partout. Partout, sauf ici. Ils ne pourront imaginer que moi, l’étranger, le gaijin, je me suis dissimulé dans la gare Shinjuku de Tokyo. Il y a là des centaines de cartons, alignés le long des souterrains, des cartons habités par des humains qui rangent leurs chaussures devant la porte avant d’entrer. Le mien, c’est un carton d’emballage Sony, un grand carton brun constellé de codes barres et d’étiquettes de toutes sortes.

Ça fait deux nuits que j’y dors, fuyant ce qui a fait de moi, un architecte et… un assassin.
Ce soir, pourtant, est un soir différent des autres, c’est celui de mes trente ans. J’ai craqué une allumette et j’ai regardé la flamme qui dansait dans la pénombre, attendant qu’elle me lèche les doigts pour la souffler. 
Je ne me souviens pas, de toute ma vie, d’avoir jamais fêté mon anniversaire. Je le fais sans doute parce que tout est fini. Mes mains sont devenues celles d’un vieillard et je ne peux empêcher mon corps de trembler. Aujourd’hui, alors que la pénombre du carton me dissimule aux regards des autres, j’ai décidé d’arrêter de fuir. Cela devrait m’angoisser et c’est une délivrance. On va me condamner, m’enfermer pour meurtres. Je ne me souviens même pas de les avoir tués, mais qui d’autre que moi aurait pu le faire ?
Je me suis allongé, serrant mon blouson autour de moi et me recroquevillant pour échapper à l’air froid qui passe par les interstices de mon abri.
Un rayon de lumière électrique éclaire les journaux que j’ai étalés sur le sol, il flotte dans l’air une légère odeur d’encre, une odeur d’imprimerie.
Je sais qu’il fait nuit depuis longtemps. Le vieil homme à côté, doit déjà dormir. J’entends sa respiration oppressée à travers la cloison. 
Des retardataires courent vers les quais. Les haut-parleurs hurlent des mots que je ne comprends pas. Avec un bruit de métal, les derniers trains quittent Tokyo pour les lointaines banlieues. Les néons vont s’éteindre. Demain, sera le dernier jour. »

Ombre japonaise

Ombre japonaise - MooreUne silhouette tatouée tel un yakusa, fuyant son passé, sème la mort et la terreur à Tokyo. Ombre japonaise, cachée derrière le paravent d’un maître tatoueur ou dans le dédale des rues, cette femme n’en finit pas de réclamer justice. Un polar rouge sang, noir comme l’encre d’un tatouage, lumineux comme une estampe…

« Je crois que je suis resté un moment sans comprendre, sans réaliser vraiment ce qui se passait, ce que je faisais ainsi, agenouillé sous la table. 
Le monde avait explosé. Des cadavres jonchaient le sol, les cloisons étaient éventrées, les miroirs brisés. Le corps de mon frère avait glissé à terre, le dos transpercé d’éclats de verre. Mort. Pendant un instant, je crus que moi aussi… Tout ce sang sur moi, le regard fixe de Marc. C’était peut-être ça la mort ? Aucun son. L’impression d’être immergé au fond d’une piscine sans eau, juste emplie de fumées et de flammes. Sans un bruit. Une quinte de toux me déchira la poitrine, une douleur aiguë dans les tympans. 
Le feu rongeait les tables et les chaises, les boiseries et les tentures du restaurant. Bientôt, il serait sur moi. Tout près, le corps d’un homme qui remue faiblement. Une de ses jambes forme un angle impossible. Sa bouche s’ouvre, mais je n’entends toujours rien. Il retombe et, en cet instant précis, je sais qu’il est mort et que je suis vivant. 
Suis-je le seul survivant ? Je tourne lentement la tête. 
La lumière du jour paraît lointaine, si lointaine, l’impression d’être au bout d’un tunnel, alors que je le sais, quelques mètres à peine me séparent de la rue. 
À contre-jour, deux silhouettes bougent là-bas. Irréelles. 
La femme, une blonde, porte une robe claire serrée à la taille. La lumière du jour traverse le tissu, soulignant les courbes de son corps, ses cheveux défaits flottent sur ses épaules et autour d’elle, joyeusement, un enfant fait la ronde. L’impression d’irréalité s’accentue encore. Et toujours cette absence de bruit. Les flammes toutes proches. La chaleur insupportable, l’air manque. Sortir.
Je marche, enfin je crois que je marche, mais je m’aperçois que je suis toujours agenouillé. Je me sens lourd, si lourd. Il faut que j’aide ces deux-là. Ensuite, je reviendrai chercher mon frère. 
Mon regard se tourne à nouveau vers la porte, l’enfant sautille toujours, il a attrapé la main de la jeune femme et la force à danser avec lui. Elle se laisse faire, ses bras et ses jambes remuant comme ceux d’un pantin. Malgré le feu, les morts, ou peut-être à cause de cela, ils sont beaux. Je pense à la photo que je pourrais faire et que je ne ferais pas. »

http://www.vivianemoore.com/pages/livres.htm#japon

 

Le Japon de Viviane Moore est un savant mélange de modernité et de traditions. Ce sont des polars urbains où les personnages sont fuyants et changeants : où est le bien, où est le mal ? On n’en sait rien et dans cet univers trouble, on se débat avec ses antihéros…

Mais elle sait capter l’attention de son lecteur, on entre dans l’histoire et on arrive au bout, surpris et désolé que ce soit déjà fini…

De plus, ces livres, en tant qu’objets, sont beaux et d’un format plaisant.

Lisez-les, vous ne le regretterez pas. Dépaysement garanti !

passionement

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La maison où je suis mort autrefois / Keigo HIGASHINO

maison-suis-mortSayaka Kurahashi va mal. Mariée à un homme d’affaires absent, mère d’une fillette de trois ans qu’elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n’a aucun souvenir avant l’âge de cinq ans. Plus étrange encore, les albums de famille ne renferment aucune photo d’elle au berceau, faisant ses premiers pas…

Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être. Elle demande à son ancien petit ami de l’y accompagner.

Ils découvrent une construction apparemment abandonnée. L’entrée a été condamnée. Toutes les horloges sont arrêtées à la même heure. Dans une chambre d’enfant, ils trouvent le journal intime d’un petit garçon et comprennent peu à peu que cette inquiétante demeure a été le théâtre d’événements tragiques…

Keigo Higashino compose avec La Maison où je suis mort autrefois un roman étrange et obsédant. D’une écriture froide, sereine et lugubre comme la mort, il explore calmement les lancinantes lacunes de notre mémoire, la matière noire de nos vies, la part de mort déjà en nous.

 

J’ai été interpellée par le titre. La 4e de couv. m’a donné envie de lire ce livre… J’y suis entrée et j’ai été happée par cette histoire étrange où l’auteur explore l’influence de l’enfance sur la vie de l’adulte et invite le lecteur à un huis-clos inquiétant qui tient en haleine jusqu’à la fin et où la maison et les morts sont des personnages aussi importants que les vivants…

Un beau roman noir, un auteur à suivre… passionement

KeigoKeigo HIGASHINO

Keigo Higashino est né en 1958 à Osaka. Auteur prolixe, il est extrêmement populaire au Japon où ses derniers polars se sont vendus à près d’un million d’exemplaires.

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